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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 14:37

Catherine et François nous ayant délaissés pour  le froid hivernal de la Bretagne, nous évacuons notre nostalgie au cours d’une session opérationnelle intense ; car la technique ne nous lâche pas, ou plus exactement elle nous lâche régulièrement… on ne sait plus très bien comment le dire…

L’équipage se retrouve, quasiment pour la première fois, en configuration de trio, et se réjouit  d’une escapade en boucle vers le sud du Brésil. Au programme de la descente : Ubatuba, Ilha Bela, Santos/Sao Paulo, Sao Francisco do Sul, Florianopolis.

En bateau, il y a les heures merveilleuses, celles  où vous ne voudriez d’aucun autre ailleurs et où vous semblez vivre les jours les plus doux qui soient. Il en est ainsi de notre escale dans le Saco de Longa à Ilha Grande qui nous réjouit de ses fonds sous-marins, du charme de son microscopique port de pêche et des ses cascades rafraîchissantes ; ou de la gracieuse île d’Anchieta si lourdement réputée pour son pénitencier déserté.

Il en est de même de notre descente vers Ubatuba où nous passons deux journées délicieuses en compagnie de Felippe, skipper de Kalymeira et qui, doté d’un excellent français, nous fut d’une grande aide lors de notre arrivée tardive à Recife pour la régate Refeno. Tifany, sa fille, et lui nous invitent avec beaucoup de chaleur et d’amitié, dans leur très sympathique maison du bord de la baie de Lagoinha dominée par la montagne crochue dénommée  ‘Nez du Corcovado’ sur laquelle passe discrètement  le Tropique du Capricorne.  Nous y dégustons de délicieux -petit- requins et ‘pescadas’ accompagnés d’un riz que Tifany est fière de réussir pour la première fois. Nous découvrons avec eux la merveilleuse île de Vitoria située à 15 milles de la côte où nous mouillons par 30 m et où les fonds sous-marins sont d’une clarté et d’une magie fascinantes.

Et puis il y a la descente vers l’île de Sao Francisco et son charmant petit village d’Ilha Bella d’où nous repartons par une soirée idyllique, suivie d’une nuit somptueuse d’illuminations célestes et d’un lever de soleil enchanteur sur la baie de Santos.

Il y a aussi Sao Paulo auquel il faut bien sûr accéder par voie terrestre mais qui ne se trouve éloigné que de 80 km du port de Santos.  Nous y passons deux journées intenses dans une atmosphère bien différente de celles de Bahia ou de Rio. Son caractère cosmopolite s’impose dès notre installation dans le quartier de Liberdade qui fut le lieu d’implantation des émigrants Japonais arrivés en masse au début du siècle dernier à la grande époque du café. C’est maintenant plus généralement le quartier asiatique de la ville qui nous vaut de dîner dans un vrai de vrai restaurant chinois où, seuls étrangers à la communauté,  nous nous sentons, durant quelques heures,  transportés très loin du Brésil, en Cathay. C’est de plus le week end du nouvel an chinois : ‘l’année du lapin, n’est pas l’année du marin’ exprime Dominique avec une nuance de regret mais nous ne cèderons pas à la superstition, nous qui avons accueilli, à bord et sans souci, le doudou lapin d’Alexandre durant quinze excellents jours.

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Ce sont deux journées intenses que nous passons dans cette immense ville de 20 millions d’habitants. Nous concentrons bien sûr notre agenda à la découverte du ‘centro’ pour sentir vivre un peu ce grand poumon économique et historique créé par deux Jésuites au XVIème siècle. Nous y visitons de magnifiques musées :

la Pinacoteca do Estado essentiellement consacrée aux artistes brésiliens. Merveilleuses toiles de Candido Portinari, di Cavalcanti, Almeida Junior, Tarsila do Amaral, Anita Malfatti, Lasar Segall. Belles sculptures de Victor Brecheret. Très belles expositions de photos argentiques : Ricard Teles et ses merveilleux clichés d’Afrique ;  Graciela Iturbide, photographe mexicaine dont le travail artistique dégage beaucoup de subtilité et d’émotion .

le MASP -Musée d’Art de Sao-Paulo-, situé sur la majestueuse  Avenida Paulista, en vis-à-vis du charmant parc Trianon, nous ramène à nos fondamentaux  européens : Lucas Cranach, Frans Halls, Toulouse-Lautrec, Manet, Rembrandt, Gauguin, Van Gogh, Renoir, Modiglinani, Picasso, Cézanne…  entre autres… alliés à quelques rares Brésiliens  Lasar Segall, Candido Portinari, di Cavalcanti ou au célèbre Mexicain Diego Rivera. Le tout distribué en deux grandes expositions extrêmement bien structurées et pédagogiques, l’une sur le portrait, l’autre sur le romantisme.  Deux appréciables  expositions temporaires également : ‘photos de Wim Wenders’ -avec une pensée pour Aude, ‘notre’ photographe, qui aurait particulièrement apprécié- et ‘contemporains allemands’ dont le sobre et percutant Tim Eitel, le très profond Anton Henning ou l’humoristique Martin Kippenberger et son savoureux « I hate you » :

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le musée Afro-Brasil situé dans le grand parc d’Ibirapuera nous replonge dans le foisonnement de la culture africaine, des rites candomblé, et du choc toujours oppressant de l’esclavage. Riche et dense jusqu’à l’épuisement ; beau, touchant et indescriptible.

Au fil de notre promenade, rencontre avec l’émouvante sculpture de « La mère noire » qui allaite un enfant blanc et pleure sur le sort de ses propres enfants affamés. Croisement également avec les œuvres d’Oscar Niemeyer dont notamment le Copan, gigantesque immeuble tout en ondulations, le musée Afro-Brasil qui, faute d’une esthétique particulière traite superbement la lumière, et l’auditorium, situé dans le même parc, qui fait preuve d’une créativité et d’une élégance rares. L’avenida Paulista offre quant à elle des perspectives architecturales saisissantes dans une atmosphère malgré tout un peu déshumanisée.

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Il y a aussi les bonnes touches de pêche et ce magnifique et excellent poisson sabre que Luc sort de l’eau, sans doute pour nous réconforter par antoicipation des difficultés à venir. 

Et puis il y a les moments exécrables, ceux où vous regretteriez presque de ne pas, comme tout un chacun, dormir d’un sommeil profond dans votre lit favori. Ce fut le cas au cours de la nuit qui suivit notre départ de Sao Paulo. A 2h du matin, alors que nous naviguons tranquillement sous gennaker, par petit temps, un grain d’orage lève des vents supérieurs à 30 nœuds et un implacable enchaînement d’incidents se met en place : moindre réactivité liée à la nécessité d’éveiller  le reste de l’équipage, difficile enroulement du gennaker provoquant défaut de vigilance à la barre et empannage involontaire, arrachement conséquent de l’extrémité de la barre d’écoute, écoute du gennaker prise dans l’hélice du moteur et bateau en vrac pour le reste de la nuit… Le quart de 3h à 6h, sous solent seul, les bouts de ris suspendus au milieu du cockpit, a un caractère assez lugubre mais rien de tel qu’un peu de musique sur les oreilles pour agrémenter les heures passives et difficiles… Plus de peur que de mal globalement : Luc crée le lendemain un relais de barre d’écoute de fortune et réunissant ses compétences de plongeur et de bricoleur parvient en une longue séance d’une demi-heure à débloquer le bout de l’hélice. Après ce premier vrai incident de voile depuis notre départ de Cherbourg, un debriefing aussi serein que sérieux nous permet d’identifier nos erreurs et de nous fixer quelques lignes de conduite supplémentaires.

Comme nous le verrons lors de nos escales à venir, les orages sont extrêmement violents sur toute la semaine et nous nous inquiétons lors de notre remontée des passages de tornades que nous identifions très nettement sur la côte.

Rapidement, nous abandonnons toute idée de poursuivre notre escapade vers le sud et décidons de reprendre notre route vers le nord en nous interdisant toute utilisation du moteur ce qui nous vaudra près de trois jours de navigation par vents faibles et contraires pour parcourir les 66 milles qui nous séparent d’Ubatuba, ou plus précisément de la baie de Lagoinha où nous retournons mouiller avec plaisir. Un petit tour à terre sur le charmant chemin des Indiens Tamaios qui suit la côte jusqu’à Santos, quelques courses suivies de tests moteurs et d’un vrai soulagement : l’épisode du bout dans l’hélice se conclut sans séquelle. Mais le lendemain, au moment de quitter la baie, nous établissons un triste constat : l’importante réparation de la génératrice à laquelle nous avons procédé à Rio un mois plus tôt n’a pas tenu. Nous nous interdisons donc à nouveau toute utilisation du moteur -qui lui est solidaire- et remontons très péniblement jusqu’à Angra dos Reis où nous devons récupérer… le moteur de l’annexe.  Cette fois ce sont quelque 42h qui nous seront nécessaires pour franchir la soixantaine de milles qui nous relient à Angra : globalement notre patience est mise à rude épreuve et nous n’osons pas penser au calcul de nos moyennes… Départ et arrivée au mouillage à la voile, annexe à la rame : les Brésiliens, rois de la vedette à moteur dans cette région oubliée d’Eole, doivent s’interroger sur la navigation « à la française »…

Pendant ce temps, nous savourons les services de Manfred que nous n’avons pas eu encore l’occasion de vous présenter. Manfred est notre tout nouveau groupe électrogène qui a rejoint le bord il y a quelques semaines en vue de parer les éventuelles défaillances de notre production électrique. Nous devons son existence, et le nom dont il est baptisé, aux vigilants conseils de notre ami navigateur Manfred Marktel qui garde toute notre reconnaissance pour nous avoir, lors de notre escale à Bahia, si précieusement alertés.

Dans ce contexte, le moral de l’équipage reste excellent ; détermination, humour et solidarité sont plus que jamais de règle à bord. Notre regard est obstinément fixé sur la date du samedi 12 février, jour d’arrivée d’Arielle, de Delphine, Christophe et leurs trois enfants. Il nous faut faire l’impossible pour que leurs vacances à bord restent tout simplement possibles. A six jours de l’échéance et avant une remontée sans doute bien lente sur Rio, nous restons confiants…

D’autant qu’en dernière nouvelle, notre moteur d’annexe a réintégré le bord en parfait état de marche : il s’avère que le mécanicien de Rio chargé de la révision avait, avec originalité, déversé de l’huile dans le réservoir d’essence… Autre excellente nouvelle : grâce à l’aide indéfectible de notre ami Alain Lemaresquier, correspondant de STW au Brésil, Nanni, fournisseur de notre moteur, joue le jeu et nous informe ce jour, 7 février, de la livraison d’une génératrice complète. Voici 33kg supplémentaires qu’Arielle va devoir joindre, entre autres, à ses bagages… Son très efficace appui logistique parisien, relayé jusqu’à Nantes, nous permet de progresser vers la résolution de nos problèmes du moment. Nous lui  rappelons que ses palmes, masque et tuba sont déjà à bord mais qu’un équipement minimal d’un maillot de bain et de deux tee-shirts devrait rester compatible avec la  livraison attendue.

 

PS : photocopies mises -sans doute à Rio seulement- sur l'album Rio-Sao Paulo- Rio.    

 

 

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commentaires

Armel & Noelle 12/02/2011 18:06


La bête à longues oreilles a donc encore frappé dans la douce quiétude d'un quart de nuit....(et pourtant, pour d'autres communautés asiatiques c'est parait-il l'année du chat..va t'y retrouver
dans cette ménagerie!).

Nous on espère de tout coeur que d'ici les Marquises et l'Australie les ennuis à répétition avec certains équipements ne seront plus qu'un lointain souvenir....mais ce sont les joies du prototype
certainement.
Bon vent vers l'Uruguay.
A & N


Alioth 13/02/2011 00:14



Salut Armel et désolée de n'avoir pas répondu à ton dernier message. Nous espérons que tu es maintenant totalement remis. Nous partons ce soir Luc et moi pour deux semaines dans le Minas Gerais
avec le grand étonnement de redevenir terrien. La génératrice a été changée, Dominique part pour quinze jours avec sa famille et nous espérons que tout va bien fonctionner maintenant... On vous
embrasse tous deux.


 



Laurent 08/02/2011 19:26


Hello,
tjrs difficile d'aller jusqu'au bout de ces reportages si bien écrits et si complets, sans une certaine nostalgie... de n'être pas à vos cotés ! La SNSM ne me laisse que terès peu de temps...
retraîte le 1er mai (jour bien choisi...) mais avec un engagement de continuer à peu près au même rythme pendant au moins un an...
Pas simple...
Amitiés / Laurent & Zabou


Alioth 09/02/2011 11:36



Tiens bon Laurent ! On se fera des super balades ensemble dans le Pacifique. En attendant, vous nous manquez mais puique vous ne pouvez pas venir, nous viendrons vous rejoindre à partir de la mi
avril pour des navigations entre Mesquer et Barfleur. Bon courage et mille bises brésiliennes. Ch&Luc