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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 19:08

Rituellement accueillis par ces chaleureuses  interrogations sénégalaises, nous sommes maintenant totalement immergés dans la mission « Voiles Sans Frontières ». Le vendredi 19 février a vu se coordonner, au Centre de la Voile de Dakar, les derniers préparatifs : accueil des membres de l’équipe, avitaillement et préparation du bateau, brief de début de mission, le tout suivi d’un sympathique « dîner de gala » au CVD où excelle toujours la réputée Khaddi.  C’est pour nous aussi le moment de dire au-revoir à Elisabeth qui repart dans la froideur parisienne mais qui fut un membre à part entière de l’équipe VSF au cours de cette très active semaine. Chapeau !

L’équipe comprend :

-          Max, le coordonnateur, et Monique, son épouse,  également intendante et préposée, dans ces circonstances, à l’assistance dentaire : leur enthousiasme, leur ouverture d’esprit et leur expérience confirmée seront des atouts précieux pour la réussite de notre projet commun

-          Christian et Luc les deux médecins, entre lesquels se créent, dès les premiers instants, complicité professionnelle et espièglerie partagée

-          Jean François, le dentiste, qui, comme Christian, et pour notre plus grand plaisir, partage notre bord

-          Amélie, opticienne et son homologue Fatou, jeune sénégalaise formée et accompagnée par VSF,  qui débutera dans quelques mois son activité professionnelle à l’hôpital de Foundjoune. Ce sont les deux plus jeunes actrices de la mission mais aussi les malheureuses victimes d’une forte sensibilité au mal de mer qui les poursuit jusque dans les fonds des bôlons…

-          Martine, la sage-femme, à la recherche perdue d’un  mode de fonctionnement compatible avec les pratiques affirmées des matrones locales

-          France-Lise, qui rime avec valises, est la dynamique infirmière de la mission

-          et puis il y a Mame-Mor mais un chapitre entier ne suffisant pas à décrire Mame-Mor, nous irons à l’essentiel : habitant de Dionewar, Mame-Mor est un jeune sérère de 27 ans, recruté par VSF en qualité d’’interface culturel’ ;  en relation avec Max et sous son autorité, il débrouille avec beaucoup d’habileté, toutes les situations…

Le 19 au soir, nous levons l’ancre, heureux tout à la fois de débuter cette première mission VSF et de quitter la baie de Han terriblement polluée et dont  notre Alioth gardera quelques stigmates.

La navigation de nuit se fait essentiellement au moteur avec une veille attentive vis-à-vis des pirogues, nombreuses, qui souvent ne s’éclairent  qu’au moyen d’une brève réanimation de leur brasero.  Nous arrivons au petit matin face à Djifer, petit port de pêche échoué sur une fragile langue de sable. De façon un peu angoissante,  il s’agit d’évoluer,  à quelques dizaines de mètres de la plage, entre deux barres de rouleaux. Mais grâce au pilotage exercé de Max et de Mame-Mor,  Alioth fait son entrée sans encombre dans le si attendu fleuve Saloum.

P1030774.JPGNous remontons le samedi matin le fleuve jusqu’à  Mar-Lodj, petit village situé sur un bôlon et base logistique de VSF. Les bras des rivières -dits bôlons- ne sont le plus souvent pas cartographiés sur nos écrans ce qui en rend la lecture quelque peu surprenante.  La remontée est délicate tant les bancs de sable sont nombreux ; mais nous arrivons, toujours grâce à l’aide de nos deux pilotes,  à bon mouillage en fin de matinée pour retrouver le reste de l’équipe venu par voie de terre en attendant l’arrivée  de « Vao-Vao » l’autre bateau de la mission.

Notre kayak vit sa première mise à l’eau. Il fait près de 40° à terre. L’équipe souffre de la chaleur et une délicate opération de classement de lunettes s’éternise en plein ‘cagnard’ …

Après une soirée animée à bord d’Alioth et un volumineux chargement de matériel sur la jupe arrière le dimanche matin, nous sommes onze à bord pour une descente du Saloum jusqu’à Dionewar, premier village dans lequel s’ancre la mission. Le paysage est grandiose de simplicité : l’eau s’immisce dans les palétuviers et seules les mouettes rieuses, les hérons gris et les pélicans accompagnent notre périple fluvial. On se prend à penser que les huîtres de palétuviers se sont peut-être ici donné l’appellation ‘huîtres de bôlon’…. Une ou deux infrastructures  touristiques polluent le paysage et le sentiment d’authenticité des lieux mais nous renvoient fort à propos à nos pratiques touristiques respectives… Dès l’arrivée, l’équipage rejoint le centre du village pour un premier contact officiel placé sous l’arbre à palabres et chaleureusement accompagné de rythmes africains.

Le lundi, l’équipe médicale s’installe au dispensaire du village situé à une vingtaine de minutes à pied du mouillage. Après le déchargement à l’aube et sur charrette du cheval Sarkozy (sic), Jean-François et Monique installent le cabinet dentaire ‘volant’. Christian et Luc se voient chacun affecter un bureau de consultations.  Amélie organise sa boutique lunetière et Martine est partagée entre la répartition des consommables médicaux et un accouchement difficile venu saluer son arrivée dès la première matinée. Christiane et Dominique, peu familiarisés avec la pharmacopée, se voient confier dans une configuration administrative déroutante, l’inventaire et la répartition des médicaments destinés aux  trois centres de Dionewar, Dionior et Falia, les trois lieux d’intervention de la mission.

Les consultations ont lieu chaque jour de la semaine, du lundi au vendredi soir.  Luc est assisté deP1030823.JPG la très chaleureuse Nima, matrone et infirmière remplaçante. Il est tout particulièrement heureux de soigner avec succès le pied très infecté du petit Cheillh : il en a de la chance le petit Cheilh, car en matière de pied, le toubib toubab en connaît un rayon !

Le mardi Christiane et Dominique, en compagnie de Sylvain, skipper de Parsifal qui a participé à la mission précédente, remontent par la route vers Dakar pour combiner formalités administratives, achat d’un complément de produits pharmaceutiques, approvisionnement et accompagnement jusqu’à Dionewar de Vao-Vao dont les propriétaires, Dominique et Alain sont arrivés le jour même dans la baie de Han. Les transports en ‘7 places’ comme les achats de médicaments pharmaceutiques ou les formalités douanières et policières sont à eux seuls  des micro-aventures qu’il serait trop long de détailler ici…

Les documents d’Alioth n’étant pas encore disponibles à la direction des douanes, Sylvain, malgré Armelle et les petites Louise et Margot qui l’attendent à Dionewar sur Parsifal, a la gentillesse de prolonger de vingt quatre heures son séjour dakarois pour permettre à Vao-Vao de partir au plus vite ce dont nous lui sommes sincèrement reconnaissants.  Le mercredi matin nous levons l’ancre sur le magnifique catamaran Freydis de 49 pieds de Dominique et Alain en vue de rejoindre l’ensemble de l’équipe à  Dionewar. Faute de vent, nous arrivons à la tombée de la nuit pour un dîner sur la plage  musicalement accompagné par Mame-Mor et ses amis.

Jeudi,  Christiane et Dominique partent en mer en début de journée pour une opération de désalinisation : les fonds du bateau sont bas et la gestion de l’eau, douce et a fortiori potable, est un vrai sujet. C’est aussi l’occasion d’un grand nettoyage du bord, extérieur et intérieur, le tout entrecoupé d’un succulent  bain de mer dans une eau réconfortante.

Vendredi, est la dernière journée  de consultation à Dionewar. Alain et Dominique partent repérer la remontée sur Falia -site de la 3ème semaine de mission- et effectuer un ensemble de relevés sur le bôlon particulièrement peu profond. A 18h, réunion de bilan et d’adieu au village. Le soir Alioth accueille à bord ses amis Vao-Vao et Parsifal et démontre sa capacité à recevoir pour dîner un aéropage de 18 personnes.

Samedi matin, rangement du matériel, chargement sur les bateaux et départ dans l’après-midi pour Niodior, village d’origine de l’écrivaine Fatou Diome dont le roman « Le ventre de l’Atlantique » constitue une belle évocation du Siné Saloum et des relations ambigües qui lient France et Sénégal sur les questions de l’immigration.

Il est difficile de décrire la richesse de tous ces moments vécus en relation avec les habitants et leur très touchant village. Nous sommes plus que jamais conscients, selon la belle expression de  Marguerite Yourcenar,  de vivre chaque jour « des matins qui ne reviendront pas ».

A demain, sûr-peut-être, Inch’Allah

 

 

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commentaires

A
voir le coucher du soleil de sur un bateau dois etre beau à voir.
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A


Merci Axel pour tous ces gentils commentaires et merci encore pour l'histoire des orangers de Tahiti que nous gardons, entre autres, comme un très beau moment de notre rencontre. Dis un grand
bonjour à toute la classe et à Laurence de notre part.


Ch pour le team Alioth



G

Merci de ces nouvelles passionnantes. J'avais vu sur votre route (merci purplefinder) votre sortie au large, et je comprends mieux maintenant.
Je comprendrai sûrement mieux en lisant la suite, car mon interrogation demeure: comment se vivent vos départs? que se passe-t-il après?
En tout cas nous vous soutenons... par la pensée... Amitiés
Guy


Répondre
A

Bonjour Guy,
Je ne suis pas certaine de comprendre le sens de ton interrogation. Mais en bref, tout se vit excellemment bien : nous sommes sur un registre où tout -ou presque- est nouveau et où il s'agit de
naviguer au mieux (aux sens propre et figuré) dans la découverte et l'inconnu. Tout cela est assez magique et nous avons un peu de mal à réaliser,après avoir tant rêvé de cette vie
nouvelle,  que nous sommes effectivement rentrés dans la vie de notre rêve.
Bon courage à  toi en espérant que nous pourrons bientôt parler d'un projet de navigation commune sur Alioth. Amitiés à partager avec Dominique
Ch