Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 18:42

Sea Dragon, le superbe et victorieux  voilier qui nous devança dans la course Recife – Fernando de Noronha - Refeno, poursuit sous la houlette de Dave Selvam,  son enthousiaste skipper Néo-Zélandais, des missions de recherche scientifique en mer.  Eric Frosio, Journaliste français correspondant de l’Equipe à Rio, a bien voulu nous transmettre un article publié dans le Journal du Dimanche, concernant les investigations menées  sur Sea Dragon dans l’Atlantique  Sud. Sans avoir de nouvelles très précises, il semble qu’une île de plastique ait bien été localisée au cours de la mission : si nous en savons plus nous vous le ferons savoir.

Nous remercions chaleureusement Eric pour son article que nous mettons en ligne tardivement mais sans regret car le sujet n'est malheureusement pas prêt d'être obsolète ; pendant ce temps, c’est avec une vigueur redoublée que nous repoussons les assauts de sacs plastiques qui nous sont délivrés à chaque caisse de super marché… Bonne lecture écologique à toutes et tous.

Environnement

A la poursuite

de « l’île de

plastique »

Le Sea Dragon va quitter le Brésil, dimanche, pour parcourir l’Atlantique

Sud à la recherche de déchets plastique, véritable décharge flottante

7 novembre 2010

Rio de Janeiro

Correspondance

Eric Frosio

 « S’IL Y A UN PARADIS sur terre, il n’est pas loin d’ici », se serait écrié le navigateur italien Amerigo Vespucci en découvrant Ilha Grande, divine île tropicale amarrée dans la baie d’Angra dos Reis, au sud de Rio de Janeiro. Cinq siècles plus tard, la légende est toujours valable. A un détail près… La mer qui enveloppe ce joyau naturel n’est plus vraiment immaculée. Il n’est pas rare d’y apercevoir des déchets ou des sacs en plastique flotter à la surface. Les prélèvements marins le confirment et laissent apparaître une multitude de résidus de ce type, aussi invisibles à l’oeil nu qu’ils sont pernicieux pour l’écosystème.« Si on retrouve des déchets plastique dans un endroit aussi privilégié qu’Ilha Grande, vous pouvez imaginer la gravité de la situation dans le reste du globe », déplore Dale Selvam, skippeur néo-zélandais du Sea Dragon. C’est depuis ce robuste voilier de 72 pieds que ce kiwi, ancien surfeur de grosses vagues reconverti dans la recherche scientifique, essaye de sensibiliser les consciences : « Les océans sont devenus de véritables poubelles flottantes. Il faut agir vite, très vite. » Au-delà du travail pédagogique mené ce jour-là auprès des enfants d’Ilha Grande, les expéditions Pangaea,fondées par le couple de biologistes américains Ron et Portia Ritter, « cherchent à explorer pour préserver ».

Depuis le carré de pilotage,Dale, à la lumière des écrans radars et autres ordinateurs de bord,nous montre l’itinéraire de la prochaine expédition du Sea Dragon. Cartes marines déployées, il désigne un cercle avec son index au beau milieu de l’Atlantique Sud. « C’est ici que nous allons le trouver », prévient-il avec son accent du bout du monde. Son trésor,encore jamais localisé, n’a rien de sonnant et trébuchant. Ce que cherche Dale, c’est une décharge flottante, une sorte d’île plastique qui se serait constituée au gré des courants marins pour former des kilomètres carrés de détritus. « Que faisons-nous des milliards de déchets plastique jetés quotidiennement? », questionne le Néo-Zélandais. Seuls 5 % des bouteilles, gobelets ou sacs plastique sont recyclés, 50 % sont enfouis dans des décharges. Le reste disparaîtpour couler au fond des océans (comme les polycarbonates)ou flotter à leur surface (comme les polypropylènes). Ils viennent alors se mêler aux cinq courants subtropicaux qui balayentle globe (océans Pacifique Nord et Sud, Atlantique Nord et Sud et Indien). Ces déchets s’accumulent, dérivent, se désagrègent en raison du soleil et des vagues,agissent comme des éponges de produits chimiques hautement toxiques pour la faune marine. Ilsdeviennent des POPs (polluants organiques persistants) qui s’introduisentdans la chaîne alimentaire avec des effets extrêmement nuisibles pour l’environnement ; et, par ricochet, pour la santé humaine.

Dans le Pacifique, 600.000 kmsaturés de déchets

Dans l’Atlantique Nord, unezone grande comme le Texas a été localisée à près de 1.000 km des côtes américaines par la Sea Education Association. Dans le Pacifique, entre Hawaii et la Californie,Greenpeace a repéré en 2006 une zone de 600.000 km², plus grande que la France. Il ne s’agit pas d’une masse solide, plutôt d’une zone saturée de plastique fractionné en morceaux de quelques millimètres, qui voguent entre la surface et plusieurs mètres de profondeur. C’est ce genre de phénomène que Dale et son équipage s’attendent à trouver dans l’Atlantique Sud.

Au départ de Rio de Janeiro vers Le Cap, ce dimanche, la mission scientifique du Sea Dragon,en partenariat avec l’Unep (United Nations Environment Programme), va donc s’atteler à localiser cette décharge flottante, encore jamais délimitée. Pendant vingt-huit jours, Dale et deux scientifiques spécialistes de la pollution maritime, Marcus Eriksen et Anna Cummins, vont ratisser l’océan avec des épuisettes géantes. Instruments apparemment dérisoires mais efficaces pour évaluer la densité de pollution à la surface. Ces « éboueurs des mers » vont aussi opérer de nombreux prélèvements à différentes profondeurs et déterminer la quantité de « planctons plastique» ingérés par les poissons. « On retrouve parfois dans leur estomac des dizaines de petits morceaux de plastique », constate Anna Cummins.

Pour mieux ratisser l’océan, le Sea Dragon va, à partir du 4 janvier, traverser une secondefois l’Atlantique, du Cap à Montevideo, en Uruguay. Ce travail achevé, les expéditions Pangaea devraient être en mesure de dessinerune carte de cette « île » encoremystérieuse. « On a besoin d’informations, d’images, de chiffres et de scientifiques qui travaillent sur le sujet pour faire prendre conscience de la situation», plaide le skippeur néozélandais. « On ne pourra jamais retirer tous ces déchets, c’est impossible techniquement et financièrement. Mais il faut au moins arrêter d’en produire pour que la situation n’empire pas. »

 

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 14:40

C’était un très attendu retour des choses que d’accueillir nos excellents vieux amis Catherine et François si souvent complices dans les années passées de magnifiques navigations sur leur fougueux catamaran Outremer « Carpe Diem » : Baléares, Tunisie-Sicile, Iles Vierges britanniques… Voici donc pour eux une belle quinzaine hivernale habilement volée à la vie professionnelle et à une intense période de travaux de restauration de maison qui aurait pu se terminer en voyage terrestre dans le Rio Grande do Sul ou dans le Minas Gerais si le marathon technique engagé à bord d’Alioth durant leur semaine d’arrivée ne s’était pas miraculeusement conclu et ce, grâce à l’aide précieuse d’amis franco-brésiliens, à l’efficacité du Iate Clube de Rio de Janeiro, au savoir faire technique local (bravo les mécanos !), à la gestion « situation de crise » habilement menée par Luc et à l’intense préparation logistique de Dominique revenu à Rio le 7 janvier chargé d’une valise semi-remorque de pièces détachées. Rarement le terme de « juste à temps » ne nous aura paru aussi strictement pertinent.

Nous passerons sur les quelques journées passées à Rio qui ont permis à nos Bretons d’explorer la ville -sans négliger de mettre la main à la pâte- sur les moments forts que nous avons partagés : un article en devenir a pour intention une petite synthèse de ces périodes de découverte de l’univers des Cariocas que nous avons, en différents épisodes, tout particulièrement appréciées.

 

P1060901

 

                                                       Le Iate Club de Rio de Janeiro

 

Le samedi  8 janvier, date anniversaire de notre départ de Cherbourg en 2010 et sous un franc soleil, nous mettons le cap plein Est en vue de remonter vers Buzios. La route est longue car le vent de Nord-Est nous oblige à de longs bords de près sous 25 à 35 nœuds de vent et le bateau gîte ferme durant une trentaine d’heures sous deux ris et trinquette pour atteindre l’objectif. A l’occasion de cette nouvelle visite à Buzios, nous finissons par nous sentir un peu chez nous ; au Iate Clube tout d’abord où nous retrouvons le très cordial Almir, chez nos amis navigateurs Sylvia et Francis pour un dîner dans leur si charmant et délicieux restaurant « l’Escale », au Cigalon pour ses succulents capuccinos[1] (n’est-ce pas Catherine ?) et auprès de notre compatriote Brigitte qui  marque immuablement nos fréquents passages sur la Orla Bardot.  L’obstination -légendaire- de Luc  nous vaut la visite d’un magnifique élevage d’oiseaux non ouvert au public et  la magie d’un festival de couleurs décliné par une myriade de perroquets , perruches et toucans de toutes sortes et de toute beauté.

Notre venue nous vaut également la très improbable et intéressante rencontre avec Michel Balette auteur de notre bible brésilienne : ‘Le guide de navigation du Brésil’ édité chez Vagnon.  Après avoir arpenté les côtes brésiliennes (et entrepris un grand périple terrestre en Amérique du Sud) durant huit années, Michel Balette a patiemment cumulé les informations destinées à tout un chacun : jolis mouillages, routes d’accès, conseils, cartes et schémas qui rendent la navigation si facile. Nous lui en sommes d’autant plus reconnaissants que sa démarche s’apparente à du pur bénévolat  les premiers retours financiers sur la vente de son ouvrage se faisant a priori toujours attendre.P1070025

                                                    George et Sylvana dans leur pirogue

Le mardi 12 janvier, joli départ sous spi pour rejoindre Ilha Grande mais les 160 milles qui nous en séparent s’achèveront -comme prévu- au moteur, les vents étant chroniquement faibles ou inexistants à l’Ouest du magnifique Cabo Frio. Nous reprenons nos classiques avec plaisir : baie de los Mangues et ballade à la mythique plage de Lopes Mendès que nos trois nouveaux venus (ou revenu) parcourent aller et retour sans broncher en plein cagnard, visite chez Sylvana et George qui traversent le mouillage à la nage pour l’une, en pirogue pour l’autre, pour un amical petit pot à bord, mouillage à Abraao pour une baignade dans la cascade et une  visite des ruines du lazaret, transfert vers la baie de Sitio Forte avec délicieuse dégustation de fruits de mer au Bacana’s bar, petit bistrot mouillé dans la baie dont nous sommes, à notre heure tardive d’arrivée, les uniques mais bienvenus clients, élégamment  salués, pour notre plus grand plaisir, par un couple de tortues .

La pêche n’est que moyennement fructueuse mais nous permet grâce à l’embarquement de quatre jolies « caravelas » -sorte de petits thons- de compléter notre dégustation de produits marins.

Les nombreuses baignades s’accompagnent d’une intense période de carénage car les eaux chaudes -et sales- de la baie de Botafogo à Rio ont eu raison du beau travail de nettoyage réalisé en compagnie de Marie Ange, Thibaut et Guillaume au cours de la période précédente. Nous leur épargnerons le triste descriptif du spectacle sub-aquatique de notre Alioth que nous essayons tant bien que mal de débarrasser de ses  multiples berniques avec l’appui efficace de François. Puis nous changeons d’univers pour la ville historique de Paraty[2] qui, construite par les francs-maçons, traduit de nombreux symboles de la confrérie.  Visite d’expositions de « mascaras » à la « Casa Cultural » avant de reprendre la mer pour visiter les « fjords » du sud de Paraty. Le magnifique « Saco de Mamangua », impressionnant de calme et de solitude nous mène en annexe et en kayak dans le Rio Cairuçu qui nous offre une illusion amazonienne, le tout conclu par une rafraîchissante baignade en cascade particulièrement appréciable en cette journée où le thermomètre atteint 39°5 à l’ombre… Puis nous remontons vers le Saco de Paraty-Mirim et retrouvons notre mouillage du nord de l’Ilha da Cotia qu’à la nuit tombée, le mois précédent, le petit citadin Alexandre qualifiait  «d’un petit peu inquiétant » tant le silence et l’obscurité y règnent de manière absolue. 

P1060982

Le lendemain matin, le bateau « Canto das Ostras » nous ouvre quelques spécimens de ses huîtresP1070106de palétuviers qui, très objectivement, ne valent pas la Saint-Vaastaise. Et c’est l’heure de reprendre la route pour un dernier mouillage à la Lagoa Azul (Ilha Grande) où nous nous régalons de belles heures de snorkelling.

 Mouillage final le 20 janvier devant  Angra dos Reis où Catherine et François -rouge comme un homard breton cuit à la perfection- vont reprendre en début d’après-midi la navette pour l’aéroport de Rio.  Ces périodes de rupture sont toujours un peu nostalgiques d’autant que la journée du 21 est une journée techniquement éprouvante pour les Brothers mais à titre de consolation, nous levons l’ancre dès le samedi pour flirter une fois encore avec la belle Ilha Grande qui nous récompense, dans le Saco da Ponta, d’un micro port de pêche divin et d’une inattendue cascade que nous savourons avec  bonheur.

Dimanche 23 janvier, le Team Alioth, pour la première fois en trio, part pour une boucle vers le sud du Brésil avant de remonter vers Angra dos Reis où Dominique et Arielle accueilleront à leur tour, à la mi-février, enfants et petits enfants : Margaux,  Martin et Romane, dans l’impatience du départ, sembleraient  avoir déjà bouclé leurs sacs…

Information 1 : les photos sont sur l’album AS 6 – Les Bretons s’en vont.

Information 2 : le système de tracking STW semble connaître quelques aléas depuis 15 j mais le Team Alioth n’est pas perdu  en mer.

 

12 janvier 2011 – La tragédie de la Serra dos Orgaos

Au Brésil, le 1er janvier, Dilma Roussef prend très officiellement, à Brasilia, les rênes du pays mais dès le 12 janvier, la toute nouvelle Présidente est mise à rude épreuve : les spectaculaires montagnes de la « Serra dos Orgaos » -« Chaîne des Orgues »- qui se dressent au nord de Rio à 2000m d’altitude connaissent un drame majeur qui bouleverse tout le Brésil. Une gigantesque coulée de boue due à des pluies torrentielles a dévasté les villes historiques de Petropolis, Teresopolis et Nova Friburgo faisant près de 800 morts, 400 disparus et quelque 20000 sans-abri. Le bilan est d’autant plus lourd que le drame est survenu en pleine période de vacances, dans une région hautement touristique.

L’été, l’air chaud et humide qui s’évapore de la zone Amazonienne s’agglomère  en cumulo-nimbus qui, poussés par les vents, se déchargent sur la région du Sud-Est. C’est là un phénomène saisonnier et habituel mais ce 12 janvier, le déluge d’eau a atteint des proportions colossales. La topographie des lieux contraignant l’eau à s’écouler massivement dans des goulets étroits entre les masses rocheuses, d’énormes volumes d’eau se déversent à la source des rios Cuiaba, Paqueque et Bengalas. Et ce sont des cascades d’une extrême violence qui descendent des montagnes sur une pente à 90° emportant des  dizaines de tonnes de troncs d’arbres et de détritus et formant des avalanches de boue qui emportent tout sur leur passage.

Le thème des changements climatiques est bien sûr à l’ordre du jour du même que celui de la responsabilité des politiques accusés de tolérer les occupations irrégulières du sol.

Faut-il ajouter qu’au très lourd bilan humain s’ajoute celui des animaux, dont notamment les nombreux pur-sang qui faisaient la fierté des éleveurs de la région, des maisons  emportées par la coulée mortelle, des centres historiques dévastés des trois belles villes de :

-         Petropolis que la famille impériale choisit pour villégiature d’été au XIXème siècle afin de fuir la chaleur étouffante de Rio l’été,

-         Teresopolis qui fut choisie par l’Impératrice Teresa comme lieu de résidence estival. Teresopolis est la ville la plus haute de l’Etat de Rio, nichée dans les orgues de la Serra dos Orgaos,

-          et Nova Friburgo, née en 1818 de la volonté du roi du Portugal Joao VI, de peupler le Brésil d’immigrants suisses et allemands. Les 30 premières familles originaires du canton suisse de Fribourg fondèrent dans les montagnes du nord de Rio, un petit village à l’image de leur terre natale…

 



[1] NDLR : les adresses de caipirinha et leurs notes d’évaluation respectives sont trop nombreuses et complexes pour figurer dans le présent blog. Elles nécessiteraient un guide spécifique que l’auteure de ces lignes regrette de ne pas être en capacité d’entreprendre. 

[2] Le paraty (ou parati) est le nom d’une espèce d’oiseau

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 19:49

Huit mois de navigation plus un été à la maison,

69° de latitude et 44 de longitude,

Des millions de vagues, des milliards d’étoiles,

10 000 milles sur mer, quelques dizaines de mal de mer,

 

Souffles et queues de baleines,

Cohortes  de dauphins,  bancs de coryphènes,

 

Trois continents mythiques : Europe, Afrique et Amérique,

Et sept pays bénis :

France, Espagne et Madère ;

Canaries, Sénégal, Iles du Cap Vert ;

et puis enfin le Brasil, facil, facil,

 

Deux mois de temps humanitaire à bord de Voiles Sans Frontières,

Une traversée de l’Atlantique, magique, magique,

Un passage de la ligne, très digne,

Des carnets d’aquarelles, si belles,

 

Une régate Refeno, comme au temps du Figaro,

De 1 à 80 ans, bien accrochés au vent,

Treize fabuleux compagnons de route branchés sur les écoutes,

 

Des centaines de rencontres : fascinantes, émouvantes, passionnantes,

Des milliers de découvertes : foisonnantes, percutantes, enrichissantes,

 

Des centaines d’heures d’entretien, lot de tous les marins,

Et de réparation, c’est notre condition,

 

Quelques jolis poissons, trop bons, trop bons,

Et de la cachaça, foi de caipirinha,

Basta, basta…

 

 

Partager cet article
Repost0
4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 19:49

Le 31 décembre à 15h s’instaure un grand vide affectif et émotionnel, matériel et organisationnel. Notre jeune équipage composé de nos enfants Guillaume, Marie Ange et Thibaut accompagnés d’Alexandre (4 ans) et Raphaël (16 mois) viennent de quitter le Iate Clube de Rio de Janeiro à destination de l’aéroport pour un réveillon à 10 000m d’altitude.

Nous venons de passer quinze jours intensément merveilleux riches de :

-          la participation des « macacos », nos petits moussaillons en culottes courtes : 

o   Alexandre -dit ‘le Capitaine’ compte tenu de son aptitude à coordonner les manœuvres (mouillage, envoi de spinnaker…) et à assurer un quart de nuit entier dans le cockpit (pour cause de mal de mer, on vous l’accorde) est un grand habitué des sorties en mer et vit à bord avec l’aisance d’un marin d’expérience.   Son quatuor préféré : plage et baignade ‘avec frite’, dessin et dinosaure.  Pour lui ce sont des vacances qui ‘dépotent du genou’ mais il repart de Rio et de la baie de Botafogo frustré de ce que le type, là-haut, aux bras grand ouverts sur le Corcovado, n’ait toujours pas réussi à sauter…

o   Raphaël -dit ‘le Navigateur’ pour son amour de la table à carte- a jugé sévère le mix entre milieu mouvant et grosse chaleur des premiers jours. Difficile quand on marche depuis si peu de se trouver projeté  en milieu instable truffé de dénivellations et d’obstacles. Mais grâce à des efforts exploratoires soutenus, c’est avec assurance et agilité que le petit mousse achève son séjour à bord : balai des toilettes avant, extincteurs d’incendie, écrans de navigation, tableau de bord du moteur font partie de ses éblouissement favoris.  Sa toute récente dînette nous a valu de désopilants moments de jeu et d’échange et la piscine privée spécialement mise en eau à l’arrière du cockpit a permis un rafraîchissement périodique de notre jeune matelot en surchauffe.

P1060435

 

                                                               A savoir qui est le plus heureux des trois...

 

-          le programme de navigation orienté vers la baie d’Ilha Grande nous a amenés à repousser nos frontières occidentales. Partis de Rio, la magnifique Ilha Grande nous offre divers mouillages dans une absolue tranquillité : les vacances brésiliennes débutant le 25 décembre, nous disposons d’un moment très privilégié avant l’envahissement de la période d’été. Un programme ‘face nord’ de l’île :

o   Ravissante Enseada das Palmas doublée d’une promenade à la mythique plage Lopes Mendes.

o   Exploration du merveilleux mouillage des Macacos -dit aussi Lagoa Azul- où les eaux sont particulièrement transparentes : masques et tubas sortis, à nous tortues et poissons… 

o   Retour vers l’Est pour rejoindre Abraao sous de très agréables bords de près par 10 nœuds de vent. Nous tombons sous le charme de cette petite ville aux rues de sable où, ici encore, le tourisme a su se développer agréablement. Petit dîner de tapas entre plage, ravissante église illuminée et sapin de Noël tout de matériaux de récupération en plastique. L’île, très soucieuse de protection environnementale,  se veut exemplaire sur ce chapitre et s’interdit, entre autres,  la présence de véhicules automobiles. Délicieux mouillage dans une anse voisine devant la ravissante maison de Sylvana et George, rencontrés à Buzios lors de la régate des Veleiros classicos sur leur splendide goélette Dalia. Agréable et intéressants échanges avec les propriétaires des lieux par ailleurs très impliqués dans un grand programme environnemental dans le Parc Cantao le long du fleuve Araguaia. Ils y défendent notamment la vie des loutres géantes, des jaguars, des ‘arpias’ (les plus grands aigles du monde). Pour un peu d’exotisme : www.araguaia.org

o   Retour vers l’Ouest dans la belle Enseada de Sitio Forte, promenade à terre, petit dîner en bord d’eau et retour à bord, à la rame et dans la bonne humeur, sous une pluie diluvienne.

o   Le 23 décembre départ pour Paraty située sur la côte. Cette ville d’une région autrefois habitée par les Indiens Guianas et Tamoios, a une histoire bien particulière dans la mesure où elle fut le port d’expédition de l’or du Minas Gerais découvert à la fin du XVIIème siècle. Une route pavée de près de 800km –o caminho de ouro- fut construite pour acheminer le précieux minerai au travers des escarpements de la Serra do Mar. Paraty devint un port très important et animé autour d’une ravissante ville portugaise construite au niveau de la mer afin de permettre le lavage des rues par haute mer aux époques de grandes marées. Les maisons surélevées, les rues en pans inclinés vers un ruisseau central assuraient le bon fonctionnement de ce système auto-nettoyant qui a, de nos jours, plus de difficultés à remplir sa mission à la suite des naturelles extensions de la ville. Les ‘pes-de-moleques’, les gros pavés des rues de la vieille ville, s’avèrent peu favorables à la déambulation en poussette mais la découverte du lieu est un ravissement. Et en ce 24 décembre, si le Père Noël est apparu dans les haubans, il nous rejoint également sur l’eau  sous la forme d’un secourable brésilien qui déjoue la panne de notre moteur d’annexe en nous offrant un remorquage alternatif à un long, chargé et difficile retour à la rame vers Alioth. Bravo les Brésiliens !

 P1060532

 

                                                                  la jolie ville de Paraty

 

-          l’ambiance de Noël sous les Tropiques est toujours un peu déroutante mais rien n’est sacrifié au rituel : champagne et pineau des Charentes, foie gras et chocolats généreusement importés par notre équipage pour satisfaire à la tradition ; daurade de Paraty et desserts brésiliens pour apporter la couleur locale ; le tout chaleureusement orchestré dans le cockpit avec une pensée toute particulière pour les absents. 

P1060572

 

                                                                   Natal 2010

 

-          Le 25 après-midi à l’issue de l’exploration d’un ‘fjord’ situé au sud de Paraty et d’un mouillage de rêve à  l’île de Cotia, il faut songer au retour. Nouvelle halte à Abraao : arrêt chez le glacier, bain sous cascade, point internet et courses d’appoint, suivis d’un nouveau retour à bord sous pluie battante.

-          Le 27 départ pour Rio. Matinée mi-figue, mi-raisin : pêche d’une belle daurade coryphène corrélée à un vigoureux  plantage d’hameçon dans le fond de la main de Luc. Tandis que Marie-Ange divertit les enfants, Thibaut joue habilement les chirurgiens en l’absence d’un anesthésiant local introuvable tandis que Guillaume préfère le découpage du poisson à celui de la main paternelle[1]. Notre dernière demi-journée de navigation est en revanche somptueuse avec un rare vent du sud qui nous permet un long bord sous gennaker pour finir par une grandiose arrivée sur Rio sous spi et sous le soleil !

Il ne reste que trois jours avant le départ pour visiter Rio. C’est beaucoup trop peu et un peu frustrant d’autant que notre bien-aimé Cocoroca, le fidèle bateau-taxi du club nous pose un lapin le 30 décembre au soir annihilant toute chance de sortie pour la dernière soirée…

Ce sont deux semaines très intenses qui ont conclu cette fin d’année. Bravo à tous : les grands qui se sont avérés comme toujours d’excellents et chaleureux co-équipiers, les parents, Marie-Ange et Thibaut, assujettis parfois à la résolution de difficiles équations, Guillaume, l’oncle attentif et affectueux, les macacos qui nous ont réjoui de leurs jeux et de leur enthousiasme, tous pour être venus jusqu’ici partager notre sillage.  

Pour juguler les regrets du départ, nous nous sommes laissé engloutir le 31 au soir, grâce à nos amis Liza et Serge, dans une fantastique nuit de réveillon à Copacabana. Mais ceci est encore une toute autre histoire…

Christiane et Luc


PS : les photos correspondant à cet article sont sur l'album 'AS 5 - Feliz Natal 2010'

[1] A l’heure où ces lignes sont écrites, la main est en voie complète de guérison

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 20:27

P1060365.JPGAS4--A-23--de-latitude-sud 0080-copie-1

 

FELIZ NATAL

E UM ANO NOVO
DE PAZ E PROSPERIDADE

 

TEAM ALIOTH

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 20:27

Rio de Janeiro,
Correspondance

Il ignore sans doute qu’il tient dans ses mains le symbole de la reconquête. Le jeune soldat inconnu, membre du CORE, les forces spéciales de l’état de Rio de Janeiro, prend position sur les hauteurs du Morro do Alemão. Fusil toujours en bandoulière, il sort de sa poche un morceau de tissu, le déroule et l’amarre comme il peut à un tube en plastique. Dans le ciel sans nuage de Rio de Janeiro, le drapeau du Brésil se met alors à flotter fièrement au-dessus de la favela du Complexo do Alemão, un des principaux repaires des narcotrafiquants, longtemps considéré comme une sentinelle imprenable par les autorités. C’est le symbole de la « liberté retrouvée », écrit le journal O Globo dans son édition de lundi. La devise du pays n’est alors plus totalement hors sujet : « Ordem e progresso » (ordre et progrès) peut-on lire sur le célèbre drapeau jaune et vert. « Après presque trente ans de chaos, il était temps de rétablir l’ordre dans les favelas », résumait dimanche, José Mariano Beltrame, le chef de la sécurité publique qui pouvait savourer l’une de ses plus belles prises : la forteresse du Complexo do Alemão.

Pour reprendre le contrôle d’un territoire depuis longtemps aux mains des trafiquants, il a fallu la participation de plus de 2 500 policiers : parachutistes, fusiliers marins et troupes de choc de la police appuyés par des blindés et des hélicoptères. Dimanche matin, après un dernier ultimatum, la plus grande opération de sécurité jamais menée à Rio de Janeiro s’est élancée dans ce labyrinthe aux ruelles cabossées et aux pièges multiples. Des échanges de tirs se produisent mais ils demeurent isolés. Face à la démonstration de force policière, les 600 narcotrafiquants ne luttent pas longtemps. Ils se cachent, fuient –certains par des conduits d’égouts- pendant que d’autres (130 selon les autorités) finissaient dans les mailles du filet, menottes aux poignets. A l’image de Felicio da Souza, dit Zeu, qui faisait partie des meurtriers de Tim Lopes, journaliste brésilien sauvagement assassiné par les trafiquants, en 2002.

Les habitants de cette cité longtemps interdite observent le déroulement des opérations dans les ruelles adjacentes avec un certain soulagement. Un œil sur le poste de télé, un autre sur les véhicules de police qui embarquent des grappes de trafiquants présumés, des adolescents pour la plupart, souvent tatoués et apeurés. Sous la chaleur du soleil carioca, Rita, 54 ans, qui ne cesse de manipuler son chapelet comme pour évacuer la tension, retient son souffle. « J’espère que ça ne va pas se finir dans un bain de sang. Il faut que les bandits se rendent et qu’on retrouve la paix. On ne peut plus vivre dans ces conditions », soupire-t-elle. Les prières de Rita seront entendues. Aucun mort n’est à déplorer dans cette opération considérée comme « exemplaire ». Le drapeau brésilien est hissé en haut du Morro et la Police peut alors ratisser la favela à la recherche des armes et de la drogue. L’opération « peigne fin » débute. Plusieurs tonnes d’herbes, de cocaïnes et de cracks sont retrouvées et exposées aux caméras de télévision. La phase de pacification peut débuter. « Maintenant, c'est un travail de patience. Nous allons continuer de fouiller maison par maison. Il n'y aura pas un seul endroit qui ne sera pas vérifié », détaille le commandant de la PM (Police Militaire), Mario Sergio Duarte, soulagé d’avoir remporté la deuxième bataille, celle de la confirmation.  

Car avant de s’attaquer au Complexo do Alemão, le fief présumé imprenable du Comando Vermelho, la police avait entamé son opération de nettoyage dans la favela voisine, celle de Vila Cruzeiro. Avec le soutien d’une demi-douzaine de blindés, 400 hommes, dont les policiers du BOPE (les forces spéciales réputées hyper entraînés et incorruptibles) avaient pénétré, jeudi dernier, dans la Vila Cruzeiro. Sous les applaudissements de la foule, « comme lors du débarquement des alliés en Normandie », dixit la presse brésilienne, ils ont nettoyé la favela, également connue pour avoir abrité les premiers pas du footballeur brésilien Adriano. Armés de M-16, de lance-roquettes ou de fusil 7,62, les forces de l’ordre ont repoussé, en direct à la télévision, plus de 200 bandits, obligés de fuir, d’abandonner leur butin (des armes et des tonnes de drogues) pour se réfugier dans la favela du Complexo do Alemão.

Pourtant habitués à cohabiter avec la violence, les Cariocas se disent alors terrifiés devant ce qui ressemble à une guerre civile. Dans toutes les « lanchonettes » de la ville, les postes de télé diffusent en continue des images aériennes de véhicules en flamme et de fusillades entre policiers et bandits. « On se croirait à Bagdad », souffle l’un deux. « Moi je n’ose plus sortir de chez moi, j’ai peur », déplore Isabela, hypnotisée par les images transmettant « ao vivo » la spectaculaire invasion de la Vila Cruzeiro par les forces de l’ordre. « C’est triste de voir ses images de guerre dans une ville qui va accueillir bientôt la Coupe du Monde et les JO, mais en même temps je suis content car ça prouve que les choses bougent. Il faut en finir avec cette vermine », annonce Marcelo, dont la vindicte résume bien le sentiment général.

Comme lui, la population, longtemps soumise à la loi du silence exigée par les trafiquants, a désormais choisi son camp. Il n’est plus question de couvrir les agissements des trafiquants. Le service « Disque Denuncia » a ainsi battu des records cette semaine. Jeudi, le standard téléphonique a même explosé (1500 appels) et les habitants ont livré des informations essentielles à la Police. « Les Cariocas ont été exemplaires et ont tenu un rôle primordial dans ces succès », s’est félicité le Gouverneur de l’Etat de Rio de Janeiro, Sergio Cabral. « On a besoin de la Police et eux ont besoin de nous, balbutie une habitante de la Vila Cruzeiro. Il fallait faire le ménage, ça devenait invivable. On voyait de plus en plus de bandits débarquer chez nous. »

Cette recrudescence est sans doute liée au succès des UPPs (Union de la Police Pacificatrice) qui ont été lancés il y a deux ans. Ce programme, initié par le Président Lula, a plutôt bien fonctionné dans les favelas à taille humaine. Près d’une quinzaine de ces bidonvilles à flanc de colline a ainsi pu être désarmée et nettoyée, au grand soulagement d’une population longtemps prise en otage par les trafiquants. Mais, revers de la médaille, la plupart des bannis sont venus gonfler le contingent de trafiquants des grosses favelas, comme la Rocinha (250 00 habitants) ou le Complexo do Alemão (150 000 habitants). C’est là que la rébellion s’est organisée et qu’un improbable rapprochement entre les deux factions jadis ennemies, le Comando Vermelho et les ADA (Amigos dos Amigos) s’est opéré récemment. Leur objectif consistait à se rassembler pour semer la terreur et persuader les autorités de stopper la pacification de leur « morro » (colline). Ils ont ainsi mitraillé des postes de police et incendié une centaine de véhicules, principalement dans la zone nord de rio de Janeiro.

C’est à partir de cet instant que la Police a déclenché son « opération karcher ». D’abord dans la Vila Cruzeiro, puis dans le Complexo do Alemão. Désormais en partie contrôlées, à défaut d’être pacifiées, ces favelas vont être occupées jusqu’à ce que les UPPs soient mise en place. Mais de l’autre côté de la ville, dans la zone sud, la riposte se prépare : à Vidigal, près du quartier chic de Leblon, mais surtout dans l’immense favela de la Rocinha, la plus grande du continent sud-américain. Les trafiquants en fuite seraient très nombreux, et particulièrement bien préparés dans ce méga-bidonville de 250 000 habitants. Ça n’inquiète pas forcément Beltrame, le chef de la sécurité publique : « Si nous avons vaincu le cœur du mal (le complexo do Alemão), nous vaincrons Vidigal et la Rocinha ! » Face aux narcotrafiquants, Rio a gagné plusieurs batailles mais pas encore la guerre…

Eric Frosio  

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 19:17

Une nouvelle séquence brésilienne s’ouvre dans notre périple à l’occasion de l’arrivée à bord d’Annie et de Philippe concomitante avec le retour de Dominique en France. Notre nouvel  équipage s’organise à cinq, Elisabeth nous faisant le plaisir de poursuivre la partie.

Cette période se caractérise par des journées privilégiées au très élitiste Iate Club de Rio de Janeiro où nous avons la chance de pouvoir séjourner grâce au parrainage de Pierre et Alain Joullié.  Le club splendide, offre de très nombreux services et se situe dans la jolie baie de Botafogo, proche du centre de Rio. Pour tout dire, notre mouillage entre Pain de Sucre -que les Normands, à l’époque de leurs premières incursions,  avaient baptisé ‘pot de beurre’- et Christ Rédempteur ne manque pas d’allure.

RIMG4436

Une première navigation vers Ilha Grande, au sud de Rio, nous révèle les petits paradis qui jalonnent cette île très protégée sur le plan environnemental. Mais la météo n’étant pas de la partie nous décidons de remonter vers Buzios où nous attendent des journées plus riantes dans le cadre de la régate des « Veleiros classicos ». Non pas que la jeunesse de notre Alioth nous permette d’accéder à un titre aussi respectable mais qu’Alain et Vera Joullié, les talentueux organisateurs de la régate nous aient généreusement invités à assister à la course et à partager les festivités du week-end.  La remontée de 160 milles vers Buzios sous ciel gris et absence de vent est un peu austère mais le soleil, au rendez-vous dès notre arrivée à la pointe du Cabo Frio, rayonnera sur la durée de notre séjour.

La régate réunit une trentaine de bateaux de toutes tailles et la fête au club est permanente : excellents cocktail et concert du Grupo Casuarina pour la soirée d’accueil, appréciables et intéressantes rencontres tant avec des français expatriés que des brésiliens de souche, prestigieux spectacle de la course qui se déroule sur deux manches, typiques « churasco» du samedi et  « feijoada[1] » du dimanche, le tout conclu par une belle remise de prix où, comme à la Refeno, chacun repart un peu vainqueur. La journée s’achève par une agréable sortie improvisée sur Alioth pour ceux -plus nombreux que le bateau n’en peut accueillir- que les « veleiros modernos » concernent également.

P1060157

En conclusion de cet intense week-end, les jeunes français Sarah et François-Xavier rencontrés lors de la Refeno et qui couraient la régate de Buzios sur le splendide « Dalia », nous font partager une magnifique soirée chez leurs amis Serge et Lisa dans une maison de rêve entourée d’un fabuleux jardin situé en surplomb  de la plage de Geriba : en plongeant  dans la piscine, Luc se prend à penser que se joue là le tout dernier  épisode de la série Dallas… Serge, journaliste et auteur d’un  passionnant ouvrage sur Nicolas de Villegagnon qu’il nous fait le très grand plaisir de nous offrir, nous décomplexe sur notre difficile apprentissage du Brésilien en nous assurant que, tout compte fait, le ‘Portugnol’ reste un excellent langage véhiculaire.

Le lundi, non sans avoir achevé le carénage du bateau, nous prenons le chemin du retour. Vent et soleil nous accompagnent jusqu’à Arraial do Cabo Frio, site géologique particulièrement important dans l’histoire de la tectonique des plaques, caractérisé notamment par un cirque granitique imposant. Entre Buzios et Arraial do Cabo, Alioth franchit la barre des  10 000 milles ce qui justifie un dîner à la hauteur de l’évènement. L’arrivée de nuit sur Rio est de toute beauté mais les milliers de petites lumières qui soulignent la présence des favelas accrochées à la montagne nous rappellent que durant ces jours heureux, les affrontements des favelas de Alemao et de Villa Cruzero ont eu des couleurs de guerre civile.

Pour évoquer ce sujet très présent dans la vie actuelle des Cariocas, nous avons le plaisir de mettre en ligne à la suite du présent article, un vrai document de professionnel puisque Eric Frosio, jeune journaliste installé à Rio et correspondant de l’Equipe, de RTL et du Journal du Dimanche, a eu la gentillesse de nous transmettre le texte du sujet qu’il vient de publier dans le Figaro Magazine le week-end dernier.  Un grand merci à lui !

Un petit tour au Jardin botanique et une montée au Corcovado[2] donneront à Elisabeth une dernière vue sur Rio avant un départ programmé le 3 décembre.  Notre équipière a fait le plein de couleurs, de bonnes -un joli bronzage- et de moins bonnes -quantité de bleus dus à un rude atterrissage sur ponton à Buzios. Notre super intendante fera un retour probable à bord en mars pour la descente de Rio à Buenos Aires. En attendant il va lui falloir gérer de difficiles transitions : retour à la terre ferme, passage de +30° à  -8° C et sevrage de caipirinha. Bon courage Zabeth, nous sommes de tout cœur avec toi !

Quant à Annie et Philippe, ils profitent de quelques derniers jours à Rio avant de décoller le 7 décembre pour Sucre où les attendent des retrouvailles familiales avec la très bolivienne Anita, religieuse, sœur de Philippe.  En l’espace d’une dizaine de jours nous allons passer du doyen de nos co-équipiers -Philippe, en phase prochaine de conclusion de sa 80ème année- aux plus jeunes d’entre eux –Alexandre, 4 ans et Raphaël, 16 mois. Etonnant Philippe, capable de participer en plongée au carénage, d’enchaîner un aller-retour à la nage du mouillage à la plage et d’entreprendre une randonnée pédestre dans l’après-midi de la même journée. Certes, Annie et lui sont d’intenses marcheurs, mais leur forme à tous deux nous impressionnent.  Et puis, bien sûr, Philippe prend ses quarts, barre, bricole, apporte ses expertises, manœuvre, fait la vaisselle et même la cuisine. Sans compter qu’il ne renâcle pas à partir le samedi soir à minuit rejoindre une école de sambas dont il est difficile de le distraire quelque deux heures plus tard… En bref, un rapide calcul nous montre qu’à forme identique au même âge, nous pourrons vaillamment enchaîner trois tours du monde… Quant à Annie, elle est la reine du winch et n’a pas son égal dans la catégorie femmes pour vous envoyer la grand voile en haut du mât. En conclusion, un vrai bon moment passé à cinq, et un plaisir tout particulier pour Christiane de naviguer, quelque 45 ans plus tard, avec l’oncle qui avait bien voulu participer à son initiation vélique sur Vaurien.

Pour le petit côté « galères », notre panne de générateur nous oblige à rester quille basse depuis un bon nombre de semaines et notre navigation s’est déroulée sur le mode course poursuite vers un improbable plein de gas-oil (réalisé enfin le 6 décembre !). Ou la profondeur au ponton n’y est pas, ou la pompe est en panne, ou l’approvisionnement à quai est inexistant… Une opération « bidonnage » à Buzios nous permettra d’échapper à la panne de carburant… en attendant les solutions électriques à la recherche desquelles le très dévoué Alain, participant de la course « Veleiros classicos » apporte une impressionnante énergie. Et puis pas de levée de quille, pas de ponton ; pas de ponton, pas de gas-oil et pas d’eau… sauf par le dessalinisateur, mais pour lequel pas de gas-oil, pas de moteur ; pas de moteur, pas d’électricité… Sans compter que le dit dessalinisateur se complaît à quelques problèmes sur lesquels les avis des deux rives de l’Atlantique restent  divergents… D’où de nombreuses relations en ligne avec Dominique, occupé à plein temps sur Paris à procéder à l’approvisionnement technique du bord et à trouver quelques solutions au Salon Nautique…  Mais à côté des petites galères, de grands et délicieux moments : outre les plaisirs de la découverte de la ville, les bars et restaurants de Rio, le Bar d’Urca, Marius, le ICRJ, Manoel &Joaquim… laisseront à l'équipage de copieux et savoureux souvenirs.

Il nous reste dix jours pour régler un maximum de questions, profiter des charmes de Rio -nous sommes à ce titre super gâtés par nos « hôtes » cariocas- et préparer le bateau pour son nouvel équipage : Alexandre, quatre ans, se dit « très inquiet de partir » ce qui, selon ses parents se traduit par « très impatient »… Nous partageons sa très grande inquiétude et nous réjouissons à l’avance de lui faire découvrir l’immense arbre de Noël du Lago Rodrigo de Freita dont l’inauguration s’est déroulée samedi sous de féeriques illuminations pyrotechniques.

RIMG4421

Avec quelques fleurs destinées à apporter une note d’exotisme à votre journée, nous pensons bien à vous toutes et tous qui évoluez sous les rigueurs automnales et les alertes de toutes sortes…  Bon « Salon » à celles et ceux qui ont l’habitude de se refaire une santé nautique à cette occasion et amitiés à toutes et tous !

Christiane et Luc

PS 1 : Grâce à notre très attentive voisine, Betty, voici une image un peu rafraîchissante de notre petit village barfleurais…

 AS4--A-23--de-latitude-sud 2953[1]

 

PS 2 : Les photos correspondant à ce article sont publiées dans l'album  "AS 4 - 23° de latitude Sud"

 

 

 

 

 

 

 



[1] Le churasco est un immense barbecue de viandes de toutes sortes ; la feijoada est le grand plat national à base de riz blanc et de haricots rouges (le cassoulet brésilien en quelque sorte).

[2] Le Corcovado -i.e. le Bossu- est la montagne sur laquelle séjourne depuis 1931 l’imposant Christ Rédempteur, immense statue de granit de 30m de haut et de plus de 1000 tonnes dessinée par Carlos Oswald et sculptée par le français Paul Landowski. C’est le plus grand monument art déco au monde, mais depuis peu ce n’est plus le plus grand Christ depuis que la ville de Swiebodzin, en Pologne occidentale, vient de se doter d’un Christ-Roi de 33m de haut destiné à attirer touristes et pélerins (source le Figaro Magazine – samedi 13 novembre 2010).

 



[1]Le churasco est un immense barbecue de viandes de toutes sortes ; la feijoada est le grand plat national à base de riz blanc et de haricots rouges (le cassoulet brésilien en quelque sorte).

[2]Le Corcovado -i.e. le Bossu- est la montagne sur laquelle séjourne depuis 1931 l’imposant Christ Rédempteur, immense statue de granit de 30m de haut et de plus de 1000 tonnes dessinée par Carlos Oswald et sculptée par le français Paul Landowski. C’est le plus grand monument art déco au monde, mais depuis peu ce n’est plus le plus grand Christ puisque la ville de Swiebodzin, en Pologne occidentale, vient de se doter d’un Christ-Roi de 33m de haut destiné à attirer touristes et pélerins (source le Figaro Magazine – samedi 13 novembre 2010).

 

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 21:27

Samedi 19 septembre c’est le grand jour : nous retrouvons notre équipage à Roissy à 5 heures du matin, direction Salvador via Lisbonne. 16 heures et quelques bouteilles de whisky  plus tard ( ….juste une petite grève nous avons eu de la chance), pour le whisky voir le récit de Christiane, nous retrouvons Alioth à la marina de Salvador. Il est 11 heures du soir , l’heure idéale pour aller faire un énorme ravitaillement au supermarché du coin ! ……Nous deviendrons par la suite imbattables sur les ‘sucos’ avec et sans soja ( en mer certains détails peuvent avoir beaucoup d’importance !)

Moultes péripéties techniques ( Dominique et Luc sont totalement accaparés par l’armement du bateau ) , un marché local et un grand débat plus tard ( quand partir : lundi soir ou mardi matin ? sage décision : mardi à l’aube ) nous larguons les amarres direction Récife ( 400 miles au Nord) ,ce grand enfant de Luc ne pouvant résister à la tentation de faire des derniers plongeons dans le port, nous avons eu du mal à le décider à remonter sur le bateau !

3 jours de navigation nous séparent de notre destination : 3 jours ça peut être très rapide ….ou pas du tout ! La mer est houleuse et certains estomacs se révèlent assez fragiles (Arielle  et moi découvrons  les joies de la combinaison couchette + seau ) , les autres bien plus vaillants se livrent à de nouveaux jeux de société : le «  qui veut réparer le wallace ? » , la variante plus corsée «  le pilote automatique ne marche pas , c’est grave docteur ? »

Une chasse au trésor de 2 jours plus tard ( le filtre de la wallace ayant été rangé dans une boite qui ….avait été rangée dans ….bref très bien caché …Luc tu es décidément un grand enfant !) les plaques remarchent et Christiane ne cesse de nous proposer à Arielle et à moi des petits thés et autres douceurs pour agrémenter nos séjours en cabine (il faut dire que nous n’avons pas été très joueuses pendant cette traversée , qu’en penses-tu Arielle ?). J’ajoute une chose : en dépit de toutes ces petites contrariétés inhérentes à la vie à bord , l’humour et l’amitié ont toujours le dernier mot et nous sommes loin de nous laisser abattre ( nous découvrons que la capairinha peut être un grand remède aux petite maux !)

L’arrivée à Récife est encore l’occasion de nouvelles péripéties : arrivés au yacht-club , la quille refuse de remonter et nous devons , en dépit de l’aide amicale d’un bateau américain , repartir au mouillage ( ce qui nous a valu le plaisir  de gonfler l’annexe, je dis nous mais je précise quand même que je n’ai rien gonflé du tout !). Christiane , décidément d’une patience à toute épreuve ( merci pour cette leçon de bonne humeur constante face aux  problèmes de dernière minute ) parlemente inlassablement : oui , j’ai oublié de citer une arrivée tardive après la clôture de « l’appel des bateaux –qu’ on ne doit probablement pas appeler ça comme ça ! ». Un dîner au bord de l’eau clôt ces préparatifs ; en ce qui me concerne je me suis bornée à fréquenter «  l’extra » , prononcez echtra,  local et à faire une étude comparative sur les cornflakes dont Arielle s’est montrée particulièrement friande tout au long de la traversée !

J’avais complètement oublié la raison principale de notre venue à cette date : une REGATE . Ce simple mot suffit à transformer certains de nos GM  en compétiteurs féroces ( oui  il y avait un enjeu International et à ce titre un lâcher de testostérone !). Entre le confort du bateau et un noeud gagné, le choix fut vite fait et Arielle et moi réintégrèrent illico presto nos cabines respectives .Mais le plaisir de naviguer et la venue des dauphins qui jouaient avec l’étrave du bateau sont de grands moments que nous avons partagé avec émotion et  beaucoup d’amitié !

Découverte de l’île de Fernando : un choc , je n’avais jamais vu de nature aussi belle ! Nous avons passé trois jours de rêve à crapahuter et à se baigner dans des eaux paradisiaques , des poissons, des dauphins , une tortue et une baleine : du pur bonheur ! C’est avec un peu de nostalgie que nous avons repris notre route en direction de Récife et que nous avons dit adieu à notre équipage mais nous en avons gardé égoïstement la meilleure part : Arielle , lasse de barrer nuit et jour , décide d’abandonner Dominique (qui erre sur les pontons comme une âme en peine) et de faire une petite escapade à Salvador en notre compagnie . Bien t’en a pris, Arielle , car nous avons franchement bien rigolé tous les trois : visite du centre , recherche inlassable de tee-shirts pour nous faire pardonner notre absence à la maison , visite à Bonfim ( au cas où ….) , petits restos sympas , tonnes de mangues fraiches mixées et petits déjeuners gargantuesques dans notre hôtel ! De temps en temps une pensée pour nos trois marins en mer. A ce propos , a-t-on des preuves de l’existence de cette dorade miraculeusement pêchée …..juste après notre départ ? Il m’a semblé en voir une belle en plastique au musée de Fernando (cf. photo de Luc ) et avec photoshop tout est possible me semble-t-il ?    Nous avons tous les trois été ravis de cette escapade d’écoliers …qui s’est passée tellement vite !

A tous ceux qui liraient éventuellement ces quelques lignes, je n’aurais qu’un conseil à donner : ALLEZ Y !!! Ils sont super sympas nos Tincelins  ( si vous êtes un peu paresseux , évitez juste les périodes de reprise du bateau ainsi que la semaine de mise en hivernage, je pense que ce sont les plus chargées ! sauf pour apprécier la diplomatie de Christiane qui surfe avec l’aisance de l’habitude !). Pour notre part , nous vous disons encore un énorme merci , Pierre-André et moi , et nous sommes impatients de vous revoir tous les quatre «  en chair et en os «  à Paris ou à St-Vaast

PS : et en plus , ils sont diététiquements si corrects qu’on perd des kgs !

Anne-Sophe Guinard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 15:59

Nos adieux émus à Salvador se fêtent par un savoureux dîner (merci Zabeth !) de spécialités bahianaises au Senac, la très réputée école hôtelière confortablement logée dans une belle maison coloniale voisine de la fondation Jorge Amado.  Nous partons le 27 octobre rejoindre Rio, distante d’un peu plus de 800 milles, et disposons de trois semaines avant l’échéance du chasser croisé du 18 novembre qui verra s’envoler Dominique de Rio pour Paris et atterrir nos nouveaux co-équipiers Annie et Philippe.

 Ce seront trois semaines de découvertes et de rencontres délicieuses,  contrastées et surprenantes qui débuteront par l’île de Tinharé, la baie de Camamu, le petit village maritime de Caravelas pour se poursuivre par le parc national de l’archipel des Abrolhos puis l’élégante station balnéaire et nautique de Buzios avant de se conclure par une entrée très attendue dans la baie de Rio.

Ile de Tinahré et baie de Camamu nous replongent dans une ambiance de cabotage moteur entre petits villages isolés, souvent d’un autre temps, dans des paysages de larges rivières ou baies aux rivages somptueux.  Les récentes stations balnéaires de Morro de Sao Paulo (nord de l’île de Tinharé) ou de Barra Grande (Baie de Camamu) font exception à cette atmosphère délicieusement anachronique et dévoilent un tourisme agréablement maîtrisé.  Les grandes fresques animalières de Marau, les cascades de Tremembé, mais aussi les petits marchés et les histoires locales font la saveur de nos déplacements terrestres.

 

P1050759

                                                         Morro de Sao Paulo

Partout la même gentillesse des habitants pour nous guider et  nous accueillir : la simplicité des rapports humains fait partie de nos petits bonheurs quotidiens.  Ces lieux un peu égarés sont aussi source de micro aventures : une promenade à pied supposée séparer de quelques petits kilomètres Gamboa de Barra Grange (Baie de Camamu) se transforme, du fait du tracé insoupçonné de la piste, en parcours pédestre de plus de deux heures en plein cagnard ; notre annexe à la recherche fébrile des belles cascades de Tremembé sur le rio Marau perd un chemin qu’elle n’aurait su retrouver sans l’aide de Carlio, un très secourable pêcheur miraculeusement découvert au milieu d’un désert fluvial et végétal ; le voyage en bus de Marau à Camamu, une aventure à lui tout seul, nous vaut un lever à 4h30 du matin compensé par une heureuse découverte des paysages intérieurs dont des exploitations d’hévéas que nous pensions d’une époque révolue.

Pendant ce temps Dilma Roussef, comme attendu, a emporté les élections. Nous n’en apprendrons les détails qu’à l’appui d’une recherche sur un site de presse français : les kiosques à journaux n’existent au Brésil que dans les grandes villes.  Le plus « gros » journal brésilien « O Globo » ne tire qu’à 300 000 exemplaires… La presse écrite ne fait pas partie de la culture brésilienne, pas plus que la lecture de façon générale, et dans le pays les librairies sont une étonnante rareté commerciale.

Et puis c’est un retour très apprécié en mer et à la voile pour rejoindre Caravelas, base d’accès aux Abrolhos.  L’accès à ce petit port bénéficie, au milieu d’énormes bancs de sable, d’un chenal assez large, bien balisé mais très peu profond qui  permet à des barges à fond plat et à hauts francs bords de venir charger du bois à l’aide d’énormes engins de manutention qui semblent brasser les troncs comme des allumettes. Plus haut sur la rivière, le petit port de pêche est extraordinairement actif et l’entretien des navires réalisés dans des sortes de forme constituées de pieux de bois qui  jalonnent la rive est une curiosité. Grâce à la gentillesse des habitants nous dégusterons des produits très locaux : petits poissons -non identifiés- accompagnés de chu-chu (christophines), jaka (fruit dont le goût oscille entre banane et ananas) et gaiamus, les petits crabes bleus qui vivent dans l’omniprésente mangrove.

P1050905

                                                                     Caravelas

Le passage aux Abrolhos est un moment rare. Dans ce lieu hautement protégé, quelque 2000 baleines viennent donner chaque année naissance à leurs baleineaux entre mai et septembre. Elles sont extrêmement désertiques et pour certaines étonnamment coiffées de  quelques rares palmiers. Une base de la Marine Nationale a pris pied sur Santa Barbara, la plus grande des cinq îles, ainsi que l’IBAMA, l’institution environnementale nationale qui gère le site. Descente à terre et plongée bouteille interdites mais baignades et masque et tuba à volonté. 

Le nom des Abrolhos vient de l’expression «Abra los oyos » (ouvre les yeux), mention que les Espagnols faisaient figurer autrefois sur les cartes marines pour attirer la vigilance des navigateurs sur certains dangers. Et si nous avons bien naturellement ouvert nos yeux pour aborder l’archipel, nous n’avons pas manqué de le faire également pour découvrir les espèces rares d’oiseaux, rois de ce site, pour nous délecter des fonds marins de toute beauté et pour observer le ballet lent et majestueux des baleines orchestré à quelques milles plus au sud.

A noter qu’à côté de ces beautés de la nature, les côtes brésiliennes présentent un avantage de taille au navigateur, Petrobras y ayant installé tous les 100 milles une station d’extraction pétrolière. D’ici peu, et sous réserve d’une politique marketing un peu affinée, les bateaux pourront y faire halte pour s’approvisionner en carburant, café ou crème glacée. En tout état de cause, constatant notre grande ignorance sur ces monstres métalliques qui jalonnent notre parcours,   nous nous promettons de fréquenter plus assidûment l’Académie de Marine pour y écouter les conférences de notre ami Jean dont la plate-forme pétrolière est le grand sujet d’expertise.

Des Abrolhos à Buzios, nous vivrons 24h de pur bonheur nautique sous spi, vent et soleil suivies de 24h plus inconfortables de temps dépressionnaire au près justifiant une recherche active et inusitée de quelques cirés et polaires ;  le vent vire en effet progressivement de  240° en basculant de 50° à 190° par le nord obligeant à une navigation attentive et hautement maîtrisée par Dominique, skipper de la semaine. Le jour de l’Armistice nous offre un très bel atterrissage sur Buzios cerné de magnifiques îles et caps, dont nous apprenons qu’ils  sont la mémoire des sommets de la très haute chaîne de montagne qui soudait les futurs Amérique du Sud et Afrique à l’époque du Gondwana.

 

P1050986

                                              Triste époque où l’Atlantique n’existait pas…

 

Le mouillage de Buzios a le charme des lieux où l’on aime s’attarder ce que nous ferons pendant quelques jours malgré un temps gris et humide. Le Iate Club Armaçao de Buzios, base d’entraînement olympique, est aussi chaleureux que magnifique. Il est géré par le très accueillant Armil, par ailleurs manager d’un groupe de samba que nous écouterons en live sur le terrain de football le samedi soir. Le Commodore, le français Alain Jouillé, grand nom du monde de la voile brésilienne, et sa femme Vera, brésilienne au français remarquable, nous accueillent de manière délicieuse dans leur club qu’ils qualifient joliment ‘d’oasis au milieu du paradis’.

 P1050990

                                                        En compagnie de Brigitte Bardot

 

Un couple de navigateurs français, Sylvia et Francis, a de son côté posé l’ancre à Buzios pour ‘refaire sa cagnotte’ et ouvert un charmant restaurant l’Escale en attendant très impatiemment de reprendre la mer. Côté français, on ne peut omettre de citer enfin notre concitoyenne Brigitte Bardot qui fit beaucoup pour  la réputation de Buzios qu’elle fréquenta généreusement dans les années 60 du fait de quelque relation amoureuse brésilienne. Une statue en bronze de la star sur la ‘Orla Brigitte Bardot’ en marque le souvenir.

Côté moins fun,  les petites galères techniques du bord forment, sur un bateau aussi équipé, un continuum inévitable que nous apprenons à vivre avec philosophie. L’actualité se cristallise autour d’une panne de notre centrale EDF et d’une défaillance de notre station d’épuration d’eau de mer ; quant au gréement, il montre un peu de lassitude du côté du hale-bas et il nous faudra également trouver des solutions de son côté. En ce qui concerne les moments festifs, nous n’avons bien sûr pas manqué :

-          le 1er novembre, date anniversaire d’Elisabeth,  pour lesquels les deux frérots se sont surpassés, l’un en extrayant de la mer une superbe thonine, l’autre en excellant dans la réalisation de son gâteau fétiche. Les cadeaux s’adapteront au contexte : une heure de perfectionnement à la navigation électronique et deux heures de formation à la barre sous spi par 20 nœuds de vent. 

-          le 11 novembre la dégustation de notre magnifique 3ème poisson caméléon -daurade coryphène- cuisinée avec attention en hommage à la patience et à l’énergie déployées par le grand pêcheur du bord.

      -    le 15 novembre, fête nationale brésilienne, que nous irons fêter ce soir à l'Escale  avant partir dans la nuit pour Rio.

Dominique va laisser un grand vide en nous quittant pour passer la fin d’année en France. Elisabeth, Annie et Philippe nous feront en revanche le grand plaisir de partager la vie du bord jusqu’à début décembre. Quant à la deuxième quinzaine du même mois, elle donnera l’occasion à Christiane et Luc la joie d’accueillir Guillaume, Marie-Ange et Thibaut accompagnés des prometteurs moussaillons Alexandre et Raphaël.

Pendant ce temps, nous apprenons que la tempête fait rage en France et que François Fillon s’exerce à un nouveau gouvernement... Toutes nos pensées et nos amitiés à vous tous.

PS : les photos correspondant à cet article figurent dans l'album AS3 - Salvador de Bahia - Rio

 

 

Partager cet article
Repost0
26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 22:45

P1050377S’il est bon d’oublier rapidement les temps fastidieux du carénage et de ses travaux contingents, il serait regrettable de passer sous silence l’intense satisfaction éprouvée à  la reprise en mains d’un bateau propre et résolument au point. Qu’Anne-Sophie et Pierre-André, nos vaillants équipiers de la Refeno,  en soient informés : la « to do list » dont ils avaient affectueusement dressé l’inventaire est close et c’est avec le sentiment du devoir accompli que nous partons pour de nouvelles navigations…

 

Une petite journée culturelle bahianaise entre Musée Rodin -et oui !- et Musée Carlos CostaP1050391 Pinto s’offre en conclusion de cette semaine laborieuse ; le premier fut ouvert en 2002 dans le séduisant palais du Commandeur Bernado Martins Catharino qui n’est pas sans rappeler, par ses proportions,  l’Hôtel Biron, abri plus connu des œuvres de notre Auguste sculpteur ; le second, en présentant les très belles demeure et collection privée de meubles, peintures, argenterie, bijoux…  du couple Costa Pinto, atteste de la vie aisée menée par les colonisateurs au cours des siècles passés. 

 

Samedi 16 octobre, nous quittons Bahia pour une semaine d’exploration de la très vaste Baie de Tous les Saints.  Nous partons par un temps délicieux sous grand voile, solent et ligne de pêche en direction de l’île de Frade et le soir trois magnifiques poissons  régaleront notre dîner. Au fond de la Baie, plusieurs mondes se font face à quelques centaines de mètres de distance : l’énorme complexe pétrolier de Petrobras[1], les petites îles pauvres et traditionnelles de Frade,  Maria Guarda ou Bom Jesus, les îles privées des riches brésiliens organisées en complexe de luxe.

Les baignades alternent avec  les expéditions terrestres , notamment à Bom Jesus et Bimbarras, qui nous introduisent dans des villages très dépouillés ou nous noient dans des végétations débordantes de verdure.  Par pudeur, passons sous silence l’infinie saveur des plages désertes bordées de palmiers et cocotiers…

Notre périple se poursuit vers le Rio Paraguaçu qui nous ouvre  un autre monde.  Nous y retrouvons la sérénité du cabotage fluvial vécue au cours du printemps dernier dans les méandres du Siné Saloum : la largeur du fleuve, la mangrove, le silence et l’immobilité ; la seule présence d’étroites pirogues pilotées par des pêcheurs solitaires, habiles maîtres d’une pagaie ici exclusivement activée à « bombordo », la réalité de villages d’une autre époque,  le sentiment de notre présence incongrue dans ces contrées si reculées…  renforcent ce sentiment de similitude. Mais si les paysages du Paraguaçu sont plus variés et la végétation plus riche que dans le Siné Saloum, le long du fleuve, l’église défraîchie pleure ses splendeurs passées quand la mosquée sénégalaise affichait avec  vigueur la bonne tenue de ses positions.

P1050531Pas un seul navire de plaisance croisé durant ces journées et c’est dans une appréciable solitude que nous mouillons devant le monastère de San Antonio à San Francisco de Iguape ou au pied de l’église de Santiago de Iguape. L’importance et la décadence des édifices religieux, dérisoires ancrages  d’une histoire dépassée, donnent un cadre fantastique aux rivages du fleuve et aux petits villages qui se blottissent derrière clochers et  murailles abandonnés.  Par chance, le sympathique jardinier du monastère de San Antonio nous ouvre les portes de la gigantesque demeure dont l’entretien semble lui tenir lieu de sacerdoce et  c’est avec force patience et humour qu’il nous compte l’histoire de ce noviciat franciscain chargé de la formation de quelque 140 moinillons : abbatiale et sacristie, cloître et aqueduc, cuisine et réfectoire, bibliothèque et salle de lecture, dortoirs, mais aussi prison et redoutable ‘piscine’… où il se dit que les plus récalcitrants étaient noyés lestés d’une pesante pierre au pied…  Construit entre 1660 et 1686, le monastère resta actif jusqu’en 1915.

Tout comme l’abbaye de la Lucerne découverte cet été en sud Cotentin en fort bonne compagnie cycliste, San Antonio mériterait de rencontrer son abbé Leliégard aux fins d’une restauration à la hauteur de son prestige passé. Ici aussi, tout nécessite réhabilitation et, malgré une judicieuse élection au rang de patrimoine national, les moyens mis à disposition du monastère s’avèrent largement en deçà des exigences et de l’urgence du chantier. 

La visite des villages nous confirme la seconde raison de l’érosion de ces nobles bâtiments : les nombreuses petites maisons reconverties en églises évangélistes et pentecôtistes offrent aux habitants une religion accessible, fondée sur la conception d’une vie saine et solidaire. En termes stratégiques, elles ont trouvé un créneau propice à une croissance rapide et laminent en parts de marché la grande religion traditionnelle du pays.

P1050583La redescente du Paraguaçu nous mène à Maragogipe, petite cité commerciale fort active, essentielle à un arrière pays extrêmement rural. De là, le bus nous conduira aux villes jumelles de Cocheira et Sao Felix reliées par le pont Pedro II, deux villes que nous ne pouvons atteindre à bord d’ Alioth faute de profondeurs suffisantes. Riches d’un passé colonial construit sur la fertilité du Recôncavo[2], les deux villes ont développé leur fortune sur un solide triptyque : tabac, canne à sucre et esclavage. Le long des quais de Sâo Felix, une intéressante visite de la fabrique de cigares Dannemann nous familiarise avec les techniques traditionnelles de fabrication des « charutos » du Recôncavo qui furent, paraît-il, très longtemps considérés comme les meilleurs cigares au monde.

A Maragogipe, le marché du samedi matin est un savoureux moment d’exploration. Les paysans y viennent à cheval, en âne voire à dos de bœuf ou par voie fluviale. De jeunes garçons transportent les courses en brouette et font usage de caddy dans cette ville transformée en immense supermarché. La pauvreté est grande mais la gentillesse des habitants est omniprésente. La marchande de glaces et de bonbons de la place fait café Internet et le marché aux poissons nous donne accès à de savoureuses crevettes.

Nous terminons notre tour de baie par une dernière escale à Salvador dimanche et lundi en vue de quelques indispensables approvisionnements en gas-oil, eau, courses diverses. A l’occasion d’une opération de bricolage dans un coffre arrière, Luc se fait violemment coincer un doigt et… un pied… et se trouve handicapé pour quelques jours. Dans un touchant élan de compassion, frère et sœur s’en sont allés le jour même à Sao Bonfim, la grande basilique du Bon Secours au plafond de laquelle se trouve suspendue une foultitude de jambes, bras, têtes en plastique offerts destinée à supplier  d’improbables guérisons.

Après avoir passé une délicieuse soirée avec nos amis et voisins de ponton, Silvana et Manfred, mercredi  matin, nous saluerons amicalement la Baie de tous les Saints pour commencer notre tranquille descente vers Rio de Janiero que nous atteindrons en principe à la mi-novembre après plusieurs haltes séduisantes : Morro de Sao Paulo, Camamu, Ithacaré, Buzios notamment.

Du côté de la patrie… nous ne sommes pas sans écho des difficultés de nos compatriotes dans une France agitée de ses maux traditionnels. Les ex-havrais de l’équipage apprennent avec étonnement la démission d’Antoine Rufenacht mais, sans surprise, le choix de son successeur en la personne d’Edouard Philippe. Enfin, la nouvelle de la reprise du chantier de plaisance Alliage, déstabilisé  à l’occasion de la crise, par le chantier Alubat est une information réconfortante qui permet d’envisager la pérennisation d’un savoir-faire et d’une équipe auxquels le Team Alioth est particulièrement attaché.

P1050692Ici dimanche prochain, a lieu le second tour des élections. Le Parti des Travailleurs, Dilma Roussef en tête, attend une très probable victoire.

 

 

 

 

 

 

PS: Pour voir les photos correspondant à cet article aller sur l’album AS-2- Baie de Bahia et Paraguaçu



[1] Petrobras, la compagnie pétrolière brésilienne, 10ème société mondiale par sa capitalisation boursière, vient de lancer une très importante augmentation de capital pour faire face à ses investissements. En effet, alors que le pays a développé jusqu’alors une politique favorisant la consommation d’éthanol produit nationalement et respectueux de l’environnement, des découvertes récentes de très importantes ressources pétrolières au large de Rio de Janeiro devraient faire du Brésil en 2030, l’un des tout premiers pays producteurs de pétrole au même rang que le Koweit. Reste à résoudre le défi technique que constitue l’accès à des gisements situés à 7000m de profondeur sous 2000m de sel. (Source – Le Monde hors série ‘Brésil, Un géant s’impose’)

[2] Le Recôncavo est la région fertile qui entoure la Baie de Tous les Saints et qui doit son nom à la forme de cette dernière. C’est là qu’eurent lieu les premières rencontres entre populations portugaise, indienne et africaine où  se développèrent très rapidement de grandes haciendas de canne à sucre et de tabac. Elle s’oppose au Sertao, région de l’intérieur du Nordeste, qui, très affecté par de grandes sècheresses, n’est guère propice qu’à l’élevage du bétail.

 

Partager cet article
Repost0