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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 19:29

Ils sont arrivés ! Très attendus, Catherine, François et Dominique ont mis pied à bord ce lundi pour six semaines de navigation entre les îles : en premier lieu les chiliennes Robinson Crusoé (toute une histoire…) et Pâques, puis la Polynésie française abordée par les Gambier. Seuls impératifs du calendrier, le départ programmé de Catherine et François de Tahiti pour la Bretagne le 12 mai, l’arrivée à bord d’Elisabeth le 15 du même mois et enfin le retour du team Alioth en métropole le 12 juin pour une courte période de deux mois et demis.

Comme de coutume, les préparatifs ont été intenses tant pour l’équipe du bord que pour les arrivants. Dominique, revenu en France pour l’assemblée générale de la Fédération Française de Voile, a réussi, entre deux validations de comptes, à faire le plein des pièces détachées. L’inverseur particulièrement désiré, a été monté avec succès -et transpiration- par le mécano ce matin , laissant espérer un retour du moteur à plus de performance. Les voiles qui ont séjourné un mois chez le voilier ont repris place ce lundi effaçant la curieuse sensation ressentie ce dimanche de se savoir, à deux jours du départ, dépourvus et de voiles et de moteur !

Assurer une quasi autonomie alimentaire d’une dizaine de semaines pour cinq personnes est une équation qui nécessite réflexion et dans laquelle Jérôme, notre coéquipier du mois de février, a apporté une note très appréciable : pain du Fournil qui attendait Dominique à la boutique de l’aéroport et vin de la Vinoteca de Viňa del Mar à laquelle Luc a eu accès à des conditions fort amicales. Le plein de courses a été « vraiment phénoménal » et responsable d’un stress indéfinissable lors de la confrontation, sur le ponton, entre volume des vivres à embarquer et estimation de la place disponible. Mais avec un peu d’imagination et  d’investigation, chaque chose a fini par trouver sa place à bord.

Luc et moi avons eu le plaisir d’être reçus à Viňa del Mar chez nos jeunes amis Andrea et Alexander en compagnie de leur tante Karine qui nous avait invités l’an dernier dans sa maison patagonienne de Puerto Consuelo et en compagnie de laquelle nous avons effectué la seule randonnée équestre de notre longue existence. Andrea abandonne sa vie de diététicienne pour entamer ses études de droit, Alexander achève son cycle de formation de pilote de l’air de l’Armada chilienne en juin prochain et Karine écrit un ouvrage sur l’histoire de son célèbre ancêtre,   Hermann Eberhard, pionnier allemand qui, fuyant l’armée prussienne dans laquelle son père l’avait enrôlé sous la contrainte, est venu avec femme et enfants s’installer aux Maldives, puis en Patagonie argentine, puis à Puerto Consuelo pour se consacrer à l’élevage du mouton. Ximena, que nous avions rencontrée dans le même contexte, nous a rejoints lundi pour la soirée d’accueil de l’équipage et a passé joyeusement une nuit à bord avant de reprendre le chemin de Santiago.

Une fois n’est pas coutume, nous publions ici, le texte d’un message reçu de notre ami Bernard qui avait envisagé de nous rejoindre à Valparaiso en compagnie de Béthou et qui participeront peut-être l’un et l’autre à notre navigation polynésienne. L’auteure très modeste de ce blog mesure la distance qui la sépare d’une plume si alerte…

 

 « Chers grands voyageurs,

 La SNCF, institution dont la réputation n'est plus à faire, m'a fait don d'une carte "Senior", ce qui m'irrite un peu, preuve étant par là rapportée que ces bains réguliers que je prends dans la fontaine de Jouvence sont inopérants et que l'âge m'atteint, quoique je lui défende de m'approcher... et, pour compenser sans doute cette méchanceté à mon endroit, ladite SNCF m'a fait le don d'une deuxième carte, plus sympathique, dite "Grand Voyageur" - ils savent qu'il y a en moi de l'aventurier qui sommeille !

Je me permets de souligner que Béthou - qui est pour moi comme un alter ego - son point de vue personnel est que je serais plutôt pour elle un boulet - dispose, par la même générosité, des mêmes cartes fournies la même SNCF.

Cet aventurier que j'avais décidé d'être (il est vrai qu'au temps de ma folle jeunesse et des aventures germanopratines cette destinée avait de quoi séduire l'âme malléable que j'étais) aura finalement cédé au pantouflard qui, également, contre lui, se disputait en moi à qui serait le maître.

Tisonner, lire Télérama, déplorer sur l'état du monde et la décadence des sociétés modernes, bougonner sur le prix des poireaux, m'alarmer sur l'évolution de la conduite des jeunes filles... tout cela fait désormais mon lot alors que j'aurais pu, à l'instar d'un Siegfried, d'un Rodrigue, d'un Achille choisir une destinée audacieuse et accomplir ces hauts faits que les épopées versifiées nous exaltent.

De temps à autre, je pousse des cris dans ma baignoire, c'est pour faire semblant et que je soupire de n'être pas à Valparaiso, après avoir affronté et les vents et les mers (et nous a raconté la délicieuse Elisabeth, les pannes de moteur...) en votre auguste compagnie...

Je suis heureux de vous savoir parvenus à ce port mythique (ou à Viňa del Mar, voisin) et suis confus à votre endroit d'avoir abdiqué sans honneur la volonté que j'avais de vous rejoindre dans cet hémisphère que la Croix du Sud féconde de son sidéral éclat...

Sachez que j'aurais aimé vous retrouver là-bas et qu'il me faudra, pour ne pas manquer un rendez-vous pourtant prévu de longue date, vous rejoindre ailleurs sur le globe. Tahiti ? Béthou qui y a vécu de belles années, avant que je ne lui impose la modestie de cette vie lymphatique, serait heureuse d'y retrouver le rythme des ukulélés sous les mangroves arborescentes, les bains joyeux dans les atolls de corail azurés, l'arbre à pain dégusté à même le végétal...

Sur votre route, il y aura Clipperton, possession française, que je ne crois pas être desservi par les longs courriers d'Air France. Difficile peut être de se rencontrer là-bas ?

 Béthou et Bernard »

J’espère que notre ami Bernard aura la sagesse de bientôt prendre sa retraite. Outre le temps dont il disposerait alors pour nous rejoindre à bord, il aurait tout loisir d’initier, dans la bonne ville de Saint Vaast la Hougue dont chacun connaît le si fameux Festival du Livre « Encres & Ancres », des stages d’écriture bien utiles au perfectionnement de ma prose.

Si vous voulez suivre Alioth, vous pouvez enregistrer le lien suivant dans vos favoris : http://www.stw.fr/localisation/show-position-bateau.cfm?user_id=29041

Joli printemps à tous, pour nous c’est un bien bel automne qui s’annonce.

Ch

PS : pour les photos ce sera pour la prochaine fois...

 

 

 

   



[1] Ne pourrait-on pas tout autant s’effarer de la conduite des jeunes gens ? NDLR

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commentaires

S
...je dis Bravo tout cela est juste délicieux! belle nav à tous!
Répondre
A


Petite pensée pour ma chère cousine marseillaise, envoyée du fond du Pacifique où il tombe des cordes aujourd'hui. Merci de ta fidélité. Bises affectueuses à partager autour de toi.


Ch



L
Message pour nos navigateurs à la recherche de mille aventures .
Nous vous souhaitons un bon voyage vers les îles . Vos récits nous émerveillent toujours autant . Merci d'avoir pensé à nous , notamment dans l'avant-dernier article . Ce que nous avons préféré ,
c'est le passage sur les dinosaures et sur leurs empreintes . Nous avons encore quelques questions à vous poser :
Est-ce agréable de dormir dans votre bateau ?
Nous nous demandons s'il y a des viandes ou des fruits que nous ne connaissons pas dans les îles où vous irez ?
Les tempêtes risquent-elles d'abîmer Alioth ?
Que feriez-vous si vous tombiez en panne en pleine mer ?

Vos 26 moussaillons espèrent que vous trouverez un trésor sur les îles que vous allez visiter !

Les CM1 de Quettehou

J'ai bien rencontré vendredi ,non pas le Capitaine Haddock , mais Gérard Parent , près du Karaboudjan à St Vaast . Il m'a donné en mains propres la précieuse carte que vous aviez dénichée pour nous
. Je sens que les enfants vont se découvrir une passion pour la faune de l'Amérique du Sud ...Merci à lui et à vous pour cette livraison originale qui nous rapproche tous un peu .
Laurence
Répondre
A


A bord d’Alioth, le 6 mai 2013


Chers petits Amis, chère Laurence, cher Cédric,


Nous sommes en mer actuellement et demain soir nous serons en principe à Tahiti ou à Moorea d’où je vous enverrai dès que possible ce document rédigé en réponse aux questions des CM1. L’exercice
est un peu difficile car le bateau bouge beaucoup et je dois un peu jongler pour que l’ordinateur ne m’échappe pas des mains pour se retrouver sur le plancher. Comme vous avez pu le constater, je
n’ai malheureusement pu vous répondre avant la fin de la semaine dernière comme je m’y étais engagée car les conditions météorologiques nous ont obligés à partir le mercredi 1er mai de
l’archipel des Gambier.


Nous espérons que vous faites, les uns et les autres, une superbe année scolaire, chacun à votre manière, et que vous apprenez beaucoup : on ne le sait pas quand on est enfant, mais plus on
est jeune, mieux on apprend et c’est maintenant que vous devez développer des connaissances qui seront un atout formidable pour votre vie future.


Voici nos réponses aux questions que vous nous avez posées :


Est-il agréable de dormir en bateau ?


Joli sujet !


En mer, tout dépend… Il y a les nuits très douces où Alioth progresse de manière fluide sur l’eau. On est alors agréablement bercé par les mouvements du bateau qui glisse sur la
mer au son d’un joli clapotis. Un vrai délice !


Mais il y a aussi les nuits très inconfortables où le vieux couple du vent et de la mer se déchaîne s’amusant à malmener les bateaux de passage. Les mouvements du voilier sont alors très forts et
les bruits peuvent être puissants : en cas de gros temps, le souffle du vent et le grondement de la mer sont spectaculaires et le bateau tapant durement et remuant beaucoup sur les vagues, il
devient vite difficile de dormir.


Par ailleurs, le rythme du sommeil est différent de celui que l’on connaît à terre en raison du roulement par quarts. Actuellement, nous sommes en panne de pilote automatique et nous sommes
organisés en quarts de deux toutes les quatre heures. Je suis de quart avec Dominique de 18h à 22h, puis de 2h à 6h du matin et enfin de 10h à 14h. Barrer est fatigant car le vent est fort voire
très fort mais au moins nous dormons bien malgré la mer agitée !


Au mouillage, il est très agréable de dormir quand tout est calme ce qui est le cas le plus fréquent. Mais parfois quand le vent se lève, l’ancre peut déraper et la situation
devenir critique. C’est ce qui s’est passé une nuit à l’île de Pâques où nous n’avons pas fermé l’œil pour surveiller le mouillage.


Dans les marinas, nous sommes bien amarrés au ponton et en général les nuits sont tranquilles. Sauf quand un coup de vent de force 12 se lève et qu’il faut consolider les amarres
comme cela s’est produit deux fois sur notre parcours (une fois à la Corogne en Espagne et l’autre à La Palma aux îles Canaries).


 


 


Mangeons-nous des fruits et des viandes que vous ne connaissez pas ?


En zone tropicale, on trouve beaucoup de mangues, de papayes, de fruits de la passion et de goyaves qui sont des fruits que peu connus dans nos régions du nord de la France. C’est de là aussi que
viennent les ananas, les bananes, les noix de coco, les citrons, les pamplemousses qui sont importés en France mais qui ont souvent un goût bien meilleur ou bien différent sur place. Par exemple,
nous avons cueilli ou ramassé plein de pamplemousses aux Gambier. Ils sont beaucoup plus sucrés et parfumés que ceux que nous mangeons en France métropolitaine.


Côté légumes, nous avons acheté à l’île de Pâques des taros (un tubercule issu d’une plante proche des arums que l’on trouve beaucoup dans nos jardins normands) et des patates douces qui ont un
délicieux goût de châtaigne et une couleur violette très prononcée. Nous avons emmené aussi des Gambier un fruit de l’arbre à pain ; c’est un élément de base de l’alimentation polynésienne
et son goût ressemble un peu à celui de la pomme de terre.


En ce qui concerne la viande, nous avons mangé du lama en Bolivie et au Pérou. Aux Gambier, Dominique et Luc ont pêché des fruits de mer : un « poin-poin », une langouste et des
cigales. Tout était délicieux mais nous avons trouvé les cigales particulièrement excellentes.


(J’arrête ce courrier à ce stade car je vais prendre mon quart de 18h. Reprise de la rédaction le dimanche 12 mai à 17h dans la marina de Tahiti après trois jours passés à l’île voisine de
Moorea)


Les tempêtes risquent-elles d’abîmer Alioth ?


Malheureusement oui ! Il faut anticiper le mauvais temps car réduire les voiles quand le vent souffle fort est difficile et dangereux. Nous ne l’avons pas fait la nuit précédant notre
arrivée aux Gambier et nous avons cassé deux pièces importantes : le halebas de bôme et la barre d’écoute. En revanche lors de la tempête que nous avons subie entre Les Gambier et Tahiti,
nous avons à chaque fois préparé le bateau pour la nuit c'est-à-dire réduit les voiles avant l’arrivée des vents forts et tout s’est bien passé.


Que fait-on si on est en panne en pleine mer ?


Tout dépend s’il s’agit d’une panne de vent ou d’une panne de moteur.


S’il s’agit d’une panne de vent, il y a deux solutions, soit on patiente en attendant que le vent revienne, soit on met le moteur pour progresser malgré tout.


S’il s’agit d’une panne de moteur, il ne reste plus que la voile pour progresser. S’il n’y a plus de vent, il faut alors être très, très patient car nous sommes livrés au bon vouloir du vent et
du courant. Si nous sommes très près des côtes, la situation peut être dangereuse car nous sommes alors non manoeuvrants et nous pouvons nous échouer ou abîmer le bateau sur les récifs. Tous les
bateaux qui naviguaient uniquement à la voile autrefois connaissaient ces aléas.


Y-a-t-il des trésors sur les îles ?


Il y a beaucoup de mythes sur les îles et sur les trésors qui y seraient enfouis. Pour nous, le vrai trésor ce sont les îles elles-mêmes et les découvertes que nous y faisons à chaque fois. Il
est fascinant de débarquer sur l’île de Robinson Crusoé et de marcher sur les pas d’Alexandre Selkirk, d’aller à la rencontre des mystérieux Moai de l’île de Pâques, de passer au large de
Pitcairn qui a accueilli les mutins de la Bounty ou de mouiller à Moorea dans la baie où est arrivé le Capitaine Cook. Les paysages sont eux aussi des trésors : lagons du Pacifique, cratères
volcaniques, eaux émeraudes du Pacifique, végétation luxuriante, poissons…. Les rencontres que nous faisons avec la population en sont autant.


Les vrais trésors ne sont donc pas toujours ceux auxquels on pense. Les conquérants européens ont volé et amassé beaucoup de richesses au détriment des populations colonisées en tuant leur vrai
trésor : leur culture et leur mode de vie.


Bien amicalement à tous,


Christiane pour le Team Alioth



C
Chers amis, Nous avons comme d'habitude pris quelque retard dans la lecture de vos aventures, le travail y est peut être pour quelque chose, à moins qu'il ne s'agisse d' une hibernation prolongée
dans cet hiver infinissable! Mais enfin un rayon de soleil et une déesse printanière qui vient de montrer le bout de son nez, Daphné notre 5eme petit enfant est née le 27 mars ! Nous voilà partis
pour de nouvelles aventures! Amitiés à tous JM et Christine
Répondre
A


Chers tous deux, Merci de votre fidélité à notre petit récit. Bravo pour la naissance de Daphné à laquelle nous souhaitons la bienvenue sur terre ... et sur mer. Beau printemps après cet hiver
calamiteux et amitiés


Ch pour le team