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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 21:40

Après une descente animée de Buenos Aires à Ushuaia, suivie de quelques semaines de navigation dans le canal de Beagle enfin conclues par une virée au Cap Horn, nous entamons le 9 janvier la troisième phase de notre navigation de la saison 2011-2012.

Arrivé le 1er janvier, Laurent -alias « Tu connais pas ça ? » (dixit Hubert)-, nous fait l’amitié de sa présence jusqu’à la mi-février et nous entamons à quatre, avec beaucoup d’enthousiasme, le chemin des canaux.

La route

Ce sont plus de 600 milles que nous devons parcourir de Puerto Williams à Puerto Natales dans un labyrinthe de mer, de glace et de roche. Il est difficile d’imaginer l’immensité de ce dédale maritime cloisonné de part et d’autre par d’innombrables chaînes de montagnes et parsemé d’îles et de cailloux en quantités infinies. Le balisage, efficace et discret est le seul témoignage de la main de l’homme dans ces paysages hors du commun. On y vit, en dehors du temps, un sentiment d’éternité et les appellations des lieux en disent long sur le ressenti des premiers explorateurs : île des Furies, baie de la Désillusion, baie Fatale, anse de l’Abandon, baie Désolée, Port Famine, fjord de la Tristesse, baie de la Dernière Espérance, crique des Disparus…

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La navigation

Notre navigation se fait généralement de jour -pas trop tôt le matin et pas trop tard le soir- sur une distance quotidienne moyenne d’environ 25 milles nautiques. Cette performance peut paraître faible pour Alioth familier des distances de 170 milles par 24h mais le contexte des vents et courants d’ouest dominants, l’étroitesse (relative) des canaux et notre réticence à mouiller de nuit dans les criques étroites et envahies de kelp, nous font apprécier ce rythme par ailleurs très adapté aux quatre semaines dont nous disposons pour rejoindre Puerto Natales.

Sur motivation initiale de Dominique,  nous avons grand plaisir à naviguer à la voile dans ces contrées réputées pour n’être parcourues qu’au moteur, ou presque. Des quelques rares voiliers croisés, dans le sens de la montée comme dans celui de la descente, tous semblaient en effet bouder les services d’Eole pourtant généreusement diffusés sur le secteur.  Nous aurons ainsi  effectué plus de la moitié de notre route et consacré les trois quarts de notre temps à border les écoutes car comme l’exprime le dicton : « Qui tire des bords, double sa route et triple sa peine ». Un à la barre, un à la navigation et deux aux manœuvres, vent dans le nez et nez dans le vent, nous enchaînons allègrement les virements dans une eau en général assez plate, quoique parfois sévèrement agitée d’un clapot sec levé par le vent d’ouest.

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Le vent et les voiles

Sauf période de calme plat, le vent souffle en moyenne à 15-25 nœuds avec des montées maximales à 35 nœuds. Alioth file bien sous ses tenues légères du grand sud : un ou deux ris dans la grand voile, ORC ou solent pour le triangle avant. Spinnaker et gennaker, assez inappropriés aux circonstances, ont été invités à prendre quelque congé tandis que la trinquette, déclarée momentanément inapte, manque un peu à notre garde-robe.

Le temps est souvent gris, voire pluvieux. La température doit parfois descendre aux alentours de 5 à 10° mais bien équipés nous ne souffrons pas du froid. Les apparitions du soleil donnent des moments de navigation exceptionnels, des soirées superbes ou des matins enchanteurs, selon..., mais sans cumul excessif…

Les caletas

Chaque soir nous nous arrêtons dans une petit crique, dite caleta, choisie selon les descriptions de notre excellent guide nautique italien. Elles sont nombreuses, variées et bien abritées des vents d’ouest au pied des montagnes. Soit on se contente d’y jeter l’ancre, soit, le plus souvent, on conforte le mouillage par deux amarres accrochées à terre pour contrer les effets des éventuels williwaws. Nous nous félicitons à ce sujet du logement de l’annexe sur la large jupe arrière d’Alioth qui permet une mise à l’eau rapide ainsi que du positionnement des trois rouleaux de bouts de 100m installés, deux sous les bancs de barre et un dans le balcon de mât.

Les caletas ont chacune leur charme depuis celle du Seno Pia qui nous permet un mouillage grandiose face au glacier Romanche, la Cinco estrellas qui n’en vaut pas tant mais qui nous offre, 100 3271sous une pluie battante, un décor touchant de désolation, la caleta Silva dont notre guide nautique avait oublié de préciser que la forêt y était sous-marine (près de 500kg de kelp accrochés à la chaîne relevée à 4h du matin pour cause d’ancrage défaillant), Beaubassin ainsi dénommée par Bougainville et dans laquelle nous avons le plaisir de croiser nos amis allemands de Resolute arrivés en pleine nuit alors que nous avons un peu envahi la place, Brecknock qui promet de belles balades autour de lacs dont nous ne verrons pas la couleur, le temps exécrable nous maintenant enfermés à bord pour 24h, Woods qui nous donnera l’occasion d’une de nos très rares rencontres humaines, celle d’une famille de pêcheurs accompagnée de ses cinq caniches et de beaucoup de bonne humeur et avec laquelle nous troquerons un peu de vin et des cigarettes contre un seau entier de délicieuses centollas et trois beaux poissons.

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Journée de mauvais temps

El Seňor Nanni

Notre moteur, vedette malencontreuse du début de saison, mérite bien un petit paragraphe spécifique. Pas de deux sans trois : après les problèmes d’inverseur, puis ceux d’arrivée d’air dans le circuit, el Seňor Nanni a refait des siennes sur un mode moins radical, un problème de tendeur usé au niveau de la courroie de transmission cause d’une panne un peu stressante au pied d’un glacier. Mais nos deux mécaniciens, Laurent et Luc, ont pris le contrôle de la situation en attendant l’arrivée de nos deux prochains équipiers Frederick et Gérard sollicités pour joindre à leurs bagages une pièce de rechange très attendue.

Hormis cet incident, nous devons saluer la performance du Seňor Nanni qui, bien heureusement, a su mener sa mission de janvier sans défaillance. Nous le devons sans aucun doute aux vœux que nombre d’entre vous avez bien voulu formuler à son égard et qui furent de la plus haute importance puisque, selon les préconisations de notre guide nautique : « même les meilleurs voileux ne doivent pas s’aventurer dans le parcours des canaux sans la certitude de disposer d’un moteur parfaitement fiable. » ..

Le trafic

Nous nous étonnons du très faible trafic maritime qui fréquente les lieux. Quelques voiliers et cargos, un paquebot, un groupe de kayakistes ( ! ?), une dizaine de bateaux de pêche complètent le tableau de nos rencontres. La VHF donne le plaisir de quelques échanges, utilitaires ou amicaux, dans cette grande solitude marine.

Les paysages, la faune et la flore

La photo sera le media le plus apte à décrire les paysages que nous rencontrons tout au long de notre route et qui font notre émerveillement quotidien. Les excursions à terre sont appréciées, ne serait-ce que pour se dégourdir les jambes, mais sont parfois interdites par l’opacité de la forêt qui borde la côte.

La végétation est étonnante, foisonnante et trapue, sculptée et desséchée par le vent. Le sol est couvert d’une mousse profonde qui rend la marche difficile. Les fuchsias, les fougères arborescentes, les marguerites mais aussi les hêtres et les houx nains caractérisent cette nature d’une incroyable densité.

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La faune est surtout aérienne et marine. Aux oiseaux de mer qui veillent fidèlement sur notre route se joignent sur le rivage les condors, oiseaux mythiques des pays d’Amérique du Sud, qui siègent à terre et dont un représentant, sans doute diverti par notre arrivée, se tord le cou sur la glace après un envol précipité : le malheureux animal, étourdi par le choc, y perdit pas mal de sa prestance... Les canards vapeurs qui semblent nager le crawl dans les caletas ainsi que les  baleines et les pingouins, les phoques et les dauphins qui s’ébattent dans les canaux font partie de notre environnement naturel.

Puerto Natales

A ce rythme, il nous aura fallu vingt jours pour joindre la petite ville de Puerto Natales face à laquelle nous mouillons sur le site de Puerto Laforest, qui contrairement à son homonyme française, brille par l’inexistence de ses installations nautiques. Il faut dire que nous ne sommes que trois bateaux à nous retrouver dans la baie dont Resolute qui a remonté les canaux à un rythme accéléré. L’ancrage y est réputé peu sûr et nous en ferons tristement l’expérience le lendemain de notre arrivée : le vent se lève subitement durant notre descente à terre, Alioth dérape et accroche son ancre dans le câble d’un élevage de saumons désaffecté. Laurent et Luc rejoignent rapidement le bateau en annexe pour prendre le contrôle de la situation, alors que Christiane et Dominique restent bloqués par le mauvais temps sur l’autre rive. Ce n’est qu’après trois heures de difficiles manœuvres orchestrées par les deux marins du bord et une nouvelle plongée de Luc, le spécialiste des opérations commando, que l’équipage parvient enfin à libérer l’ancre.

A la suite de cette rude expérience nous décidons de nous réfugier à 8 milles de là sur le site de Puerto Consuelo face à l’estancia Hermann Eberhardt qui nous donne l’opportunié d’un délicieux asado dégusté à trois équipages.

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Il s’agit maintenant de préparer une pause de quelques jours : le parc national chilien del Paine et les glacier argentins nous tendent les bras mais il nous reste  à trouver des hébergements durant cette période hautement touristique.

Dernière étape

Le 22 février arriveront Frederick et Gérard avec lesquels nous effectuerons, de Puerto Natales à Puerto Montt, les neuf cent milles de la quatrième et dernière étape de la saison. Outre le plaisir que nous aurons à naviguer ensemble, la double spécialité de Frederick (CAP de mécanique et gastro-entérologie) permettra de surveiller de conserve, et le Seňor Nanni, et les éventuels ulcères que ce dernier aurait pu occasionner à l’estomac de Luc dici la fin de la saison.

PS : les photos, pour une fois abondantes en raison d’une excellente connexion, figurent sur l’album S3- 5 de Puerto Williams à Puerto Natales.

 

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commentaires

M
bonjour, avez-vous rencontré des animaux extraordinaire,et des personnes célèbres.J'aimerais venir avec vous .

au revoir
Répondre
A


Bonsoir Manuella,


Merci de ton message et de ton envie de venir avec nous. Je crois que nous avons repondu aux deux questions que tu poses: je te conseille de voir avec ta maitresse. Nous nous rencontrerons
bientot et nous pourrons parler de tout cela ensemble.


Nous t'envoyons un baiser du Chili


Le team Alioth



,
Mais qu'êtes vous allé faire dans cette galère????
Quelle dose d'adrénaline quotidienne,c'est peut-être cela votre véritable drogue!!!
Continuez à profiter de toutes ces merveilles de la nature
et merci à Christiane de nous en faire profiter,au chaud sous la couette.
Des bises de Havrais qui ont aussi froid.
Répondre
A


Heureusement, nous aussi nous retrouvons de temps à autre au chaud sous la couette et j'aime y traîner le matin ce qui me permet d'entretenir ma réputation -bien méritée- de dormeuse du bord.
C'est un peu rude mais merveilleux : on commence à avoir hâte de vous retrouver tous, les enfants, les petits enfants, les amis mais on a encore de bons bords à tirer et nous sommes bien décidés
à en profiter jusqu'au bout. Bises très amicales


Ch



G
Hello l'équipe Alioth et bravo pour vos exploits. Bravo à Dominique d'avoir osé hisser haut sans compter sur El Nanni. Bravo à Luc de plonger encore dans cette eau froide (mais ca devient peut-être
une addiction?)...brrr et bravo à Christiane que l'on devine derrière les textes (pardon au véritable scribe si je me trompe), et bravo bien sûr aux autres membres de l'équipage que je ne connais
pas mais que l'on devine heureux de partager ces instants uniques dans une vie.
Christiane, si c'est bien toi qui écris, ce n'est pas bien de se moquer des condors qui se tordent le cou :-)
au fait comment va ton omoplate?

amitiès lyonnaises
Guy
Répondre
A


Salut Guy,


Aux dires de Luc l'eau etait bcp moins froide á Pto Natales qu'á Pto Deseado... et quitte á avoir une addiction je prefére personnellement celle lá á celle du tabac... Quant á la relation
subtilement introduite entre le cou du condor et mon omoplate, qui te dit que le condor ne se serait pas esclaffe en me voyant les quatre fers en l'air dans le cockpit ?... Ceci dit merci de ta
question : l'omoplate va maintenant fort bien et a repris du service depuis debut janvier. Tu nous devras un paquet de nouvelles á notre retour car on ne sait pas grand chose des lyonnais.


Nous vous embraasons tous deux


Ch


Ch et Luc



D
Quel plaisir d'avoir de vos nouvelles! Le vent souffle fort aussi ici à Réville , et il fait enfin froid. Nous admirons vos photos et votre "carnet de voyage" si passionnant, qui nous fait
rêver....Quelle est votre bibliothèque ? vous semblez très concentrés dans vos lectures...
Les enfants de l'école de Quettehou suivent votre périple...
Bien que nous soyons le 1° février, est-il encore temps de vous souhaiter une très bonne année?
Amitiés
Dominique et Philippe de Branche
Répondre
A


Bonsoir Dominique et Philippe,


Bon courage pour le vent et le froid francais ! Ce soir nous sommes á El Calafate (Argentine) et la douceur du climat y est une bonne surprise. Nous avons eu des nouvelles de nos petits amis CM1
de Quettehou qui nous ont pose des questions : nous sommes en balade mais nous allons essayer d'y repondre la semaine prochaine. Nous esperons que Philippe va bien et vous remercions de vos
voeux. A notre tour nous vous souhaitons sante et bonheur pour 2012. Amities á partager autour de vous.


Petit rajout de lendemain matin : á bord nous lisons bien sür des récits de voyages, d'expeditions, de navigation, mais aussi des auteurs argentins et chiliens ou d'autres livres qui sont á bord
et qui émanent de differentes sources dont celle d'amis qui nous ont choisi des ouvrages que nous lisons avec un plaisir doublé ou celle des échanges que nous pratiquons entre bateaux. Nous
avons une bonne bibliothéque á bord mais pas toujours autant de temps qu'on l'imaginerait pour lire.


Le team Alioth